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lundi 16 juillet 2012

Vengeance des fils de Jacob (Gn 34, 25-31)

Le troisième jour, à la suite de la circoncision des mâles Sichémites, les deux fils de Jacob, Siméon et Lévi (les frères de Dina), prennent chacun une épée et se dirigent, sans opposition, vers la ville afin de tuer tous les mâles encore souffrants. Ils assassinent Hamor et son fils Sichem, et libèrent Dina de leur maison. Ils parcourent ensuite la ville et pillent tout sur leur passage. Ils veulent ainsi venger le déshonneur subi par leur soeur Dina. Ils prennent possession du bétail, de tout ce qui se trouvait dans la ville et à la campagne. Ils font leurs les enfants, les femmes, et tout ce qu'ils trouvent dans les maisons.




Une fois le carnage complété, Jacob dit à ses fils qu'il ne pouvait approuver leur conduite. Il craint dorénavant les conséquences de cette vengeance. Les habitants du pays, les Cananéens et les Perizzites, s'en prendront certainement à lui et à ses proches. Ces derniers sont nettement supérieurs en nombre au clan de Jacob. Faisant fi de cet argument, les deux fils répondent à Jacob qu'ils ne pouvaient laisser leur soeur être traitée comme une prostituée.

De toute évidence, l'union entre la famille de Jacob et les Cananéens est mise en péril. Le texte soulève une question d'ordre moral. Un châtiment doit-il demeurer impuni? Dans quelle mesure la vengeance est-elle proportionnée au mal subi par Dina? Et comment vivre avec les conséquences d'une pareille vengeance?

lundi 9 juillet 2012

Pacte avec les Sichémites (Gn 34, 6 -24)

Hamor, le père de Sichem, se rend chez Jacob afin de lui parler. Lorsque les fils de Jacob rentrent des champs et apprennent ce qui est advenu à Dina, ils piquent une vive colère. Hamor précise que son fils s'est épris de Dina et demande à Jacob son autorisation pour qu'elle devienne l'épouse de son fils. Ce faisant, il lui propose un pacte matrimonial. Il suggère à Jacob de s'allier à son groupe, en favorisant les mariages de part et d'autre, afin de rester en bonne relation avec les Sichémites et pour que le pays leur soit plus ouvert. Il implore le pardon pour la conduite de son fils auprès de Dina et consent à offrir la somme d'argent qu'on lui demandera pour rétablir de bons rapports. Il tient à ce que Dina devienne l'épouse de Sichem.

Les fils de Jacob choisissent, non pas sans ruse, de donner cette réponse à Hamor : Dina a été déshonorée et il ne convient pas qu'elle devienne l'épouse d'un homme incirconcis. Le consentement ne sera possible que si tous les mâles du peuple cananéen se font circoncire. Il deviendra ensuite possible de considérer les mariages entre les membres des deux groupes. À cette seule condition, tous pourront demeurer ensemble et former un seul peuple.

Ces paroles plaisent à Hamor et à Sichem. Ce dernier n'hésite pas à se faire circoncire, car il tient à Dina et veut l'épouser. Hamor donne ensuite les instructions à tous les hommes de son groupe afin de respecter le pacte matrimonial. Les mariages entre les membres des deux groupes deviennent possibles et Jacob et les siens peuvent circuler librement dans le pays.


lundi 2 juillet 2012

Violence faite à Dina (Gn 34, 1-5)

Ce court récit est complexe, car il mêle une histoire de famille avec une histoire de clans. D'une part, nous apprenons que Sichem, ayant violé Dina, la demande en mariage. Il accepte pour cela la circoncision, mais il est tué traîtreusement par Siméon et Lévi ; d'autre part, le texte fait état d'une alliance matrimoniale générale proposée par Hamor (père de Sichem) aux fils de Jacob. Cette alliance est acceptée sous la condition de la circoncision et rompue par les fils de Jacob qui pillent la ville et massacrent les habitants. On présume que le texte s'appuie sur le souvenir historique d'une tentative vaine de certains groupes hébreux pour s'installer dans la région de Sichem à l'époque des patriarches.



Dina (la fille donnée à Jacob par Léa) sort pour aller voir les filles du pays. Sichem (le fils de Hamor le Hivvite), prince du pays, la voit et décide de l'enlever. Il couche avec elle et la viole. Mais il ne tarde pas à s'éprendre de Dina et, écoutant son coeur, il s'adresse à son père pour lui demander l'autorisation de prendre Dina pour femme.

Jacob apprend que Sichem a déshonoré sa fille. Au moment d'apprendre cette mauvaise nouvelle, il décide de garder le silence, car ses fils sont dans les champs avec son troupeau. Il préfère attendre leur retour.

dimanche 1 juillet 2012

Arrivée à Sichem (Gn 33, 18-20)

Le verset 18 est de tradition sacerdotale, alors que les versets 19 et 20 sont de tradition élohiste. Jacob poursuit sa route et arrive, sain et sauf, à Sichem, au pays de Canaan. Il choisit de camper devant la ville. Il fait ensuite l'acquisition (pour cent pièces d'argent) de la parcelle de terrain où il a dressé sa tente, auprès des fils de Hamor, le père de Sichem. Il érigea sur son terrain un autel qu'il nomme " El, Dieu d'Israël".

Ce court chapitre confirme le retour de Jacob dans son pays. Sichem, le coeur du pays, est effectivement le lieu historique du clan d'Israël.




Jacob se sépare d'Ésaü (Gn 33, 12-17)

Le récit est de tradition yahiste. Nous verrons que Jacob se méfie toujours de son frère et lui laisse prendre les devants. Mais loin de le suivre, il lui tourne le dos.

Ésaü suggère à son frère de lever le camp ensemble. Jacob lui répond que les enfants sont délicats et que le troupeau nécessite d'être abreuvé. Pour ces raisons, il préfère que son frère prenne les devants et s'engage à le suivre tranquillement avec tous ses biens jusqu'à la maison d'Ésaü, à Séir. Ésaü propose de laisser alors une partie des hommes qui l'accompagnent avec lui. Jacob réagit aussitôt et demande pourquoi son frère ferait cela. Il ajoute qu'il veut seulement trouver grâce à ses yeux et qu'il n'a pas besoin de ces hommes.



Ce jour-là, Ésaü reprend la route vers Séir. Mais Jacob, contrairement à ce qu'il avait annoncé, prend la route de Sukkor. Une fois arrivé à cet endroit, il y construit une maison et des huttes pour son bétail. Pour cette raison, on donne à cet endroit le nom de Sukkot (qui signifie"hutte de branchages" et qui pourrait se situer à Tell Akhsas, dans la vallée du Jourdain).

De toute évidence, la réconciliation reste fragile. En fait, l'antagonisme entre les descendants de Jacob et ceux d'Ésaü (Édomites) perdurera, "comme il perdure au coeur de tout homme".

La rencontre avec Ésaü (Gn 33, 1-11)

L'attribution de ce récit est particulièrement difficile. Jacob voit Ésaü arrivant avec quatre cents hommes. Il s'empresse de répartir les enfants entre Léa et Rachel (ses deux épouses) et ses servantes. Il met en tête les servantes et les enfants, plus loin Léa et ses enfants, et toujours plus loin Rachel et ses enfants. Il passe devant eux et se prosterne sept fois au sol avant de rencontrer son frère.

Ésaü, courant à sa rencontre, le prend dans ses bras, se jette à son cou et l'embrasse. Et, levant les yeux,  voyant le groupe des femmes et des enfants, il demande à son frère leur identité. Jacob répond : "Ce sont les enfants dont Dieu a gratifié ton serviteur" (verset 5). À ce moment, les servantes se rapprochent, avec les enfants, et se prosternent devant Ésaü. Le groupe de Léa et de Rachel fait de même.



Ésaü demande ensuite ce que Jacob entend faire de tout ce camp qu'il a rencontré sur son chemin. Jacob lui répond que c'est pour trouver grâce à ses yeux qu'il avait envoyé tous ces biens en cadeau. Ésaü précise qu'il a déjà tout ce qu'il lui faut et demande à son frère de garder ses biens. Mais Jacob insiste : s'il trouve grâce aux yeux de son frère, il suggère de lui offrir en personne une part de ses biens. Il précise qu'il a affronté sa présence comme on affronte celle de Dieu (rappel de l'épisode de Penuel), et qu'il est maintenant bien reçu. Il insiste pour lui offrir son présent, car, souligne-t-il, Dieu l'a favorisé et qu'il possède tout ce qu'il lui faut. Sur cela, Ésaü accepte. La réconciliation est manifeste.

vendredi 29 juin 2012

La lutte de Jacob avec Dieu (Gn 32, 23-33)

Ce récit mystérieux est probablement de tradition yahviste. Jacob se lève durant la nuit et décide de passer le gué du Yabboq (aujourd'hui le Nahr ez-Zerqa) avec ses deux femmes, ses onze enfants, et tout ce qu'il possède. Ensuite, le soir, Jacob reste seul sur la rive.


C'est alors que quelqu'un lutte avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Il s'agit d'une lutte physique (un corps à corps) avec un agresseur inconnu qui refuse de se nommer (associé parfois à un ange, du moins à un être surnaturel). Voyant qu'il ne le maîtrise pas, l'agresseur frappe la hanche de Jacob qui se démet. Il lui dit: "Lâche-moi, car l'aurore est levée" (verset 27). Mais Jacob ne veut pas cesser la lutte tant qu'il n'obtiendra pas sa bénédiction. L'inconnu lui demande : "Quel est ton nom" et apprend qu'il s'appelle Jacob. Il lui dit alors : "On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l'as emporté". Le mot Israël signifiait probablement "que Dieu se montre fort" mais ici il prend un sens différent : "il a été fort contre Dieu". Jacob demande ensuite à connaître le nom de son agresseur. Ce dernier lui répond : "Pourquoi demandes-tu à connaître mon nom?" (verset 30), et là il le bénit. Jacob a voulu  maîtriser l'inconnu en le nommant. Mais c'est lui qui sort renommé de cet affrontement, béni et renouvelé.

Jacob donne à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-til, il a vu Dieu face à face et il a eu la vie sauve. Effectivement, pour la première fois dans la bible, on trouve ici l'idée que l'on peut voir Dieu sans mourir. Cela demeure cependant un privilège spécial pour Jacob.

Au lever du soleil, Jacob passe Penuel en boitant de la hanche. Le texte précise que c'est la raison pour laquelle les israélites ne mangent pas le nerf sciatique qui se trouve à l'emboîture de la hanche parce que c'est à ce même endroit que Dieu avait frappé Jacob. Il s'agit ici d'une vieille tradition alimentaire dont on ne trouve aucune autre mention dans la bible.

Ce récit est construit à partir d'une vieille histoire. En effet, dans les mythes, entrer dans un territoire nouveau, c'est affronter le Dieu de la frontière (ici celui du fleuve). Mais le récit acquiert un sens nouveau : il permet d'expliquer le nom de Penuel par Peni'el (face à Dieu) et, conséquemment, de donner une origine au nom d'Israël. Le mot Israël est chargé d'un sens religieux. Jacob s'accroche à Dieu, ne le lâche pas, force sa bénédiction, ce qui obligera Dieu vis-à-vis de tous ceux qui porteront le nom d'Israël.

L'origine du nom Israël n'en reste pas moins confuse. L'explication populaire ("combattant avec Dieu) ne correspond pas pleinement à la forme grammaticale. En dehors de l'Ancien Testament, on trouve une mention épigraphique du nom sur une stèle du pharaon Mérenptah, dans le temple funéraire de Thèbes (datée de 1219 av. J.-C.). On pense que ce nom est apparu avec la sédentarisation des premières tribus hébraïques au pays de Canaan

Pour Saint-Jérôme, père de l'Église et traducteur de la bible, ce récit du combat entre Jacob et Dieu est l'image du combat spirituel et de l'efficacité de la prière instante.