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mercredi 30 mai 2012

Naissance d'Ésaü et de Jacob (Gn 25, 19-28)

Cycle d'Isaac et de Jacob

Après le cycle d'Abraham, le cycle d'Isaac tient très peu de place dans le récit biblique. L'attention sera toute portée sur Jacob, le futur Israël, père de "douze fils", eux-mêmes ancêtres éponymes de "douze tribus" (douze étant le nombre de la "totalité").

Les prochains versets relatent l'histoire d'Isaac, fils d'Abraham. Comme nous l'avons vu précédemment, Isaac, âgé de quarante ans, épouse Rébecca, fille de Bétuel (l'Araméen de Paddän-Aram) et soeur de Laban (l'Araméen).  Isaac implore Yahvé, car Rébecca est stérile. De fait, Yahvé exauce Isaac et Rébecca devient enceinte. Bien que doublement bénie (puisque Rébecca va porter deux enfants en elle), elle s'inquiète de sa grossesse car les enfants semblent se "heurter" en elle. Rébecca consulte Yahvé (probablement en se rendant en un lieu sacré où Yahvé se manifeste) afin d'apaiser ses craintes. Yahvé lui répond :

" Il y a deux nations en ton sein,
deux peuples, issus de toi, se sépareront,
un peuple dominera un peuple,
l'aîné servira le cadet" (verset 23)

Cette lutte des enfants dans le sein maternel est prémonitoire. Elle annonce l'hostilité des deux peuples frères : les Édomites descendants d'Ésaü et les Israélites descendants de Jacob.

Lors de l'accouchement, Rébecca donne effectivement naissance à des jumeaux.  Le premier garçon est roux et présente une pilosité fort développée. On lui donne le nom d'Esaü (le mot hébreu 'admônî signifie "roux"). Le second garçon sort en tenant le talon d'Esaü, on l'appelle Jacob (Ya'aqob en hébreu signifie, selon la forme verbale du verbe 'âqab, "talonner", "supplanter"). Isaac est alors âgé de soixante ans.

Les  deux enfants ennemis grandissent et semblent prendre des voies opposées. Ésaü devient un chasseur émérite, doté de capacités physiques et sportives. Il incarne "l'impulsivité instinctive". Jacob est plutôt un homme tranquille qui préfère demeurer sous les tentes. Il incarne le type réféchi, capable de ruse. Isaac ne cache pas sa préférence pour Ésaü car il apprécie le gibier, Rébecca préfère l'esprit de Jacob.



Avec cet épisode, le texte de la Genèse cherche manifestement à expliquer l'origine du conflit entre les deux peuples et fixer, d'entrée de jeu, les rôles respectifs du vainqueur et du vaincu.

Esaü cède son droit d'aînesse (Gn 25, 29-34)



Un jour où Esaü revient de la campagne épuisé, Jacob est en train de préparer un potage. Esaü demande à son frère de lui offrir de son plat de couleur rousse (d'où le nom d'Edom qui lui sera attribué. Il s'agit d'un autre jeu de mots sur la couleur rousse).  Jacob, qui semble particulièrement rusé, lui répond : "Vends-moi d'abord ton droit d'aînesse" (verset 31). Il ajoute: "Prête-moi d'abord serment" (verset 32). Esaü, peut-être sans trop réfléchir, s'exécute. Jacob lui offre en retour du pain et du potage de lentilles. Esaü prend congé de son frère après avoir tout mangé.

Ce jour-là, Esaü a méprisé son droit d'aînesse en se laissant aller à ses désirs immédiats. Précisons que la situation n'est pas connue d'Isaac qui compte bien, le moment venu, accorder sa bénédiction - et transmettre l'alliance divine - à l'aîné qui est, de surcroît, son fils préféré.




mardi 29 mai 2012

La descendance d'Ismaël (Gn 25, 12-18)

Le dernier chapitre du cycle d'Abraham présente la descendance d'Ismaël.  Le texte nous rappelle qu'Ismaël est le fils d'Abraham et d'Agar (la servante égyptienne). Les noms de ses fils sont : Nebayot, Qédar, Adbéel, Mibsam, Misham, Duma, Massa, Hadad, Téma, Yetur, Naphish,et Qédma. Ces descendants constituent les tribus de l'Arabie du Nord. Cette généalogie sert le même but que la précédente (celle de Qetura) : elle cherche à créer un lien de sang entre tous les groupes humains.
Ismaël meurt à l'âge de cent trente-sept ans. Il a séjourné de Havila jusqu'à Shur (situé à l'est de l'Égypte, en allant vers l'Assyrie). Il s'était "établi à la face de tous ses frères" (verset 18), conclut le texte.








lundi 28 mai 2012

La mort d'Abraham (Gn 25, 7-11)

Le récit commence d'emblée avec la durée de vie d'Abraham : cent soixante-quinze ans. Le verset huit précise qu'Abraham meurt "dans une vieillesse heureuse, âgé et rassasié de jours", entouré de ses proches. Ses fils, Isaac et Ismaël, l'enterrent dans la grotte de Makpéla (Hébron), là où repose Sara. Après la mort d'Abraham, Dieu bénit Isaac qui s'installe près du puits de "Lahaï Roi" (que l'on peut traduire par "Au vivant qui me voit").





Ainsi se termine la vie d'Abraham. Le texte souligne l'accomplissement de sa vie. À partir d'une vie d'errance, parsemée de doutes et d'espoirs, la mort d'Abraham perd tout caractère de punition. L'histoire du retour vers Dieu devient maintenant une réalité.

La descendance de Qetura (Gn 25,1-6)

Ce paragraphe, qui s'apparente à la tradition sacerdotale, est une addition au cycle d'Abraham. Il souligne la promesse faite à Abraham selon laquelle il deviendra le Père d'une multitude de nations. La généalogie qui suit cherche à établir un lien de sang, et parfois de destin, entre tous les groupes humains de la région.




Abraham prend une concubine nommée Qetura. Elle lui donne plusieurs enfants : Zimrân, Yoqshân, Medân, Madiân, Yishbaq, et Shuah. Yoqshân engendre Sheba et Dedân, et les fils de Dedân sont les Ashshurites, les Letushim et les Léummim. Quant à Madiân, il a pour fils : Épha, Épher, Hanok, Abida, Eldaa. Tous ces enfants sont fils de Qetura. Nous comprenons que les peuples d'Arabie descendent de Qetura : les Madianites (Madiân), les Sabéens (Sheba), les Dédanites (Dedân).




Le texte précise ensuite qu'Abraham fait don de tous ses biens à Isaac. Les enfants de sa concubine reçoivent des présents et il les envoie loin de son fils Isaac, à l'Est, au pays d'Orient. Abraham écarte ainsi les fils de sa concubine provisoirement de l'héritage. Ils seront appelés plus tard à jouer un rôle en lien avec la promesse divine (Psaume 72, 10).



samedi 26 mai 2012

Mariage d'Isaac (Gn 24, 1 -67)

Il s'agit du dernier texte sur Abraham. Il appartient à la tradition Yahviste, bien que fort retravaillé.

Alors qu'Abraham atteint un âge fort avancé, et sachant que sa mort est toute proche, la question de la descendance le tracasse. Il devient urgent de trouver une femme pour son fils Isaac. Celui-ci est alors âgé d'une quarantaine d'années et n'a pas connu d'autre état que le célibat. Abraham a son idée bien précise sur la future épouse : il ne veut pas d'une Cananéenne (peuple de lignée impure) mais plutôt une femme issue de son ancienne patrie mésopotamienne.

Pour ce faire, Abraham appelle l'un de ses serviteurs (ce serviteur anonyme est associé par la tradition avec Éliézér) pour lui confier la tâche de trouver une femme pour son fils. Il exige du serviteur un serment solennel : "Mets ta main sous ma cuisse, pour que je te fasse jurer par Yahvé (...)" (verset 2). L'expression désigne bien les organes génitaux, et faisant de la sorte, le serment prend à témoin les sources mêmes de la vie. Le serviteur consent à jurer.

Le serviteur veut mener à bien la mission mais il s'inquiète de la possibilité que la femme ne veuille pas quitter son pays. Il pense qu'il serait plus utile d'amener Isaac avec lui. Abraham rejette la proposition et explique qu'un Ange l'accompagnera jusqu'au pays où se trouvera la future femme.




Le serviteur se met en route avec dix chameaux et de riches présents. Une fois arrivé à Harran, il installe son campement près des portes de la ville, près d'un point d'eau. Au moment où le soir tombe, et sachant selon l'usage que les femmes viennent chercher de l'eau du puits, Éliézér demande à Yahvé un indice pour identifier la femme qui pourrait convenir à Isaac. L'indice consiste à repérer la femme qui consentira à lui donner un peu d'eau, mais qui aura aussi la courtoisie d'abreuver ses chameaux.


Cette prière terminée, une femme se présente avec une cruche à l'épaule. Il s'agit de Rébecca, fille de Bétuel, fils de Milka, la femme de Nahor qui est le frère d'Abraham. Cette fille est très belle, et malgré sa grande beauté, elle est toujours vierge. Elle s'approche du puits et remplit sa cruche. Au moment de remonter à la ville, Éliézér s'empresse d'aller à sa rencontre pour lui demander de l'eau. Elle lui en offre aussîtôt et prend l'initiative de retourner au puits pour puiser de l'eau pour les chameaux. Le serviteur se demande s'il est bien en présence de cette femme promise à Isaac.

Le texte illustre ici le retour à la source, plus précisément le retour à la femme, qui, dans la patrie d'origine, se trouve proche du puits. Celle qui accueille, donne l'eau, et redonne vie à l'errant.

Une fois que les chameaux sont abreuvés, Éliézér prend un anneau et deux lourds bracelets en or pour les lui offrir. Il lui demande : "De qui es-tu la fille?", et réclame une place chez son père pour passer la nuit. Après avoir décliné son identité, elle répond qu'il y a chez son père tout le nécessaire pour l'accueillir à son aise. Alors le serviteur se prosterne et rend grâce à Yahvé. Il le remercie de l'avoir guidé jusque chez le frère de son maître.

La jeune femme court chez sa mère pour annoncer cette rencontre. Le frère de Rébecca, Laban, qui voit les bijoux en or, s'empresse de sortir pour aller à la rencontre du serviteur. Il lui demande de bien vouloir le suivre, car sa maison lui est ouverte.

Le repas est prêt et le serviteur demande à parler avant de manger. Laban l'y invite. Éliézér est impatient de s'acquitter de sa mission. Il annonce qu'il est le serviteur et l'envoyé d'Abraham. Il souligne que son maître est fort riche et avancé en âge. Abraham lui a demandé de trouver une femme pour son fils Isaac dans le pays où il est parti. Éliézér raconte ensuite l'indice demandé à Yahvé pour reconnaître la femme promise. Il demande finalement s'il peut emmener Rébecca comme fiancée à Isaac.



Béthuël et Lathan, fort impressionnés par le récit d'Éliézér, agréent à la demande parce qu'ils y voient la volonté de Yahvé. Le serviteur se prosterne de nouveau et rend grâce à Yahvé. Il offre d'autres bijoux et de somptueux vêtements à Rébecca,  et de riches cadeaux à ses parents. La fête commence.

Éliézér désire partir dès le lendemain pour rentrer auprès de son maître. Il en avise la famille qui, moins pressée que le serviteur, exige un délai de dix jours avant de se séparer de Rébecca. Comme Éliézér se fait toujours pressant, la famille finit par demander à Rébecca son opinion. Sa réponse est sans hésitation : elle veut partir sur-le-champ.

Rébecca est la femme qui sait accueillir, c'est également celle qui consent à partir. Elle accepte elle-même de se rendre, dans la confiance, vers son futur époux.

Ainsi, le lendemain, la caravane quitte Harran et prend le chemin du pays de Canaan, avec Éliézér à la tête, suivie de Rébecca et de ses servantes.



Au moment d'arriver chez Abraham, Isaac aperçoit au loin les premiers chameaux de la caravane. Il se rend à la rencontre des premiers arrivants. Au même instant, Rébecca, qui descend de sa monture, demande auprès d'Éliézér à connaître l'identité de ce jeune homme. Il lui annonce que c'est son futur mari. Elle prend soin aussitôt de se couvrir du voile propre au statut de promise.



La joie est grande chez Abraham qui décide de hâter les préparatifs du mariage. Une fois marié, Isaac se dit heureux et consolé, par la même occasion, de la perte de sa mère.








jeudi 24 mai 2012

La tombe des Patriarches (Gn 23, 1-20)

Ce récit de tradition sacerdotale relate la mort de Sara et la nécessité, pour Abraham, d'acquérir un terrain pour l'ensevelissement du corps. Les deux premiers versets soulignent la durée de vie de Sara : cent vingt-sept ans et sa mort à Qiryat-Arba (Hébron), au pays de Canaan. Comme les commentateurs l'ont noté au cours de siècles, Sara est la seule femme dans la Bible dont l’âge a été révélé.

Peu de mots sur la souffrance ou la douleur d'Abraham. Le texte dit brièvement qu'il entre en deuil et pleure Sara.


Les versets trois à six mettent l'accent sur l'acquisition du terrain. Abraham s'adresse aux fils de Hèt pour obtenir un droit de propriété, malgré le fait qu'il n'est qu'un étranger et un résident sur cette terre de Canaan. La réponse des propriétaires est plus que généreuse: 

"Tu es un Prince de Dieu parmi nous : enterre ton mort dans la meilleure de nos tombes." (verset 6)

Les versets sept à onze précisent le choix du terrain. Abraham demande la grotte de Makpéla qui appartient à Éphrôn, fils de Çohar, comme titre de résidence mortuaire. Il est prêt à régler la pleine valeur du terrain. Éphrôn, qui se trouve parmi les fils de Hèt, répond immédiatement à Abraham. Il consent à lui remettre gracieusement ce terrain pour la sépulture de Sara.



Les versets douze à dix-huit concernent l'achat du terrain. Bien que Éphrôn consent à donner sans frais le terrain à Abraham, celui-ci insiste pour le dédomager. À la fin d'un marchandage typiquement oriental, Abraham accepte de prendre possession gratuitement du champ et de la grotte, situés près de Mambré.

Les deux derniers versets confirment l'enterrement de Sara dans cette nouvelle propriété. L'intérêt de ce texte, en dehors de la disparition de Sara, réside dans la prise de possession du terrain par Abraham, signe que la promesse de la Terre commence à se réaliser.








La descendance de Nahor (Gn 22, 20-24)

Cette liste des fils de Nahor (frère d'Abraham) est probablement de tradition yahviste. Il s'agit peut-être des ancêtres des Araméens, mais quelques imprécisions ne permettent pas de l'affirmer sans fautes. Nous apprenons que Milka, la femme de Nahor, a donné naissance à un garçon nommé Uç, suivi de son frère, Buz. Le frère d'Abraham a huit enfants (dont l'un des garçons, Bétuel, donne naissance à Rébecca) avec sa femme Milka ; il a quatre enfants avec sa concubine Réuma.


La mention de cette branche de la famille du frère d'Abraham permet d'introduire le personnage de Rebecca, la future épouse d'Isaac.





La descendance
Pour nombreux peuples anciens, le principal souci d'un homme est d'avoir des enfants afin de leur transmettre son héritage. C'est la raison pour laquelle on trouve si souvent dans la Bible des récits qui relatent les naissances et le nombre d'enfants. Il faut comprendre que sans enfants, tout est perdu pour l'homme. Ses terres, ses biens, tout comme le savoir et la religion, sont menacés. En ce sens, la descendance est considérée comme l'aboutissement d'une vie.






mardi 22 mai 2012

Le sacrifice d'Abraham (Gn 22, 1-19)

Dans le cycle d'Abraham, ce récit est sans conteste l'un des plus connus et des plus commentés. Le texte est probablement de tradition élohiste; du moins, on peut penser que par respect pour cette tradition on y a maintenu le nom de "Yahvé".  Le récit met en jeu une épreuve dont l'intensité dramatique est particulièrement forte. Et la réponse d'Abraham n'en est pas moins étonnante.

Yahvé interpelle Abraham par son nom et celui-ci lui répond: "Me voici!" (verset 1). On détecte dès le premier verset cet élan d'obéissance si caractéristique au patriarche. Qui d'entre-nous consent à répondre si promptement à l'appel de Dieu?

Yahvé donne ensuite la consigne à Abraham de prendre son fils Isaac (l'enfant qui doit assurer la descendance du peuple élu) et de se rendre au pays de Moriyya. La culture biblique et la tradition associent ce nom à la colline où s'élèvera plus tard le Temple de Jérusalem. En réalité, le nom de ce pays et sa localisation demeurent inconnus. C'est dans ce pays, sur le sommet d'une montagne, qu'Abraham devra, selon la volonté divine, sacrifier son fils en l'offrant en holocauste à Dieu. La demande a de quoi surprendre !


Pour faire suite à la demande de Yahvé, les versets trois à dix en soulignent l'exécution. Abraham se lève tôt, selle son âne, prend avec lui son fils et deux serviteurs. Il fend le bois de l'holocauste et se met en route pour la montagne que Yahvé doit lui indiquer. Au troisième jour, Abraham voit de loin l'endroit et demande à ses serviteurs de l'attendre. 

" Demeurez ici avec l'âne, Moi et l'enfant
nous irons jusque là-bas,
 nous adorerons et nous reviendrons vers vous." (verset 5)

Il peut sembler surprenant qu'Abraham utilise le pronom "nous" en s'adressant aux serviteurs. Cherche-t-il à les épargner sur ce qu'il s'apprête à faire? Ou bien, est-ce  le signe d'une présomption qui annonce la fin du récit?


Abraham prend le bois de l'holocauste qu'il charge sur le dos de son fils et  prend soin de porter le feu et le couteau. À cet inventaire, Isaac n'est pas sans remarquer que l'agneau fait défaut. Il en demande la raison à son père. Ce dernier lui répond que c'est Yahvé qui doit y pourvoir.

Une fois arrivé sur le sommet de la montagne choisie par Yahvé, Abraham élève un autel et y dépose le bois. Il lie son
fils et le dépose sur l'autel, par-dessus le bois. Il prend le couteau et, toujours sans rien dire, se prépare à sacrifier son fils. Abraham consent à tout donner à Dieu, en commençant par ce qui lui est le plus cher. Son geste traduit son inaltérable confiance en Dieu.



Au même moment, un Ange interpelle Abraham pour lui demander de ne faire aucun mal à l'enfant. Abraham met fin à son geste. Il lève les yeux et aperçoit un bélier qui s'est pris les cornes dans un buisson. Il prend ce bélier et l'offre en holocauste à Yahvé à la place de son fils. Après cet événement, Abraham donne à ce lieu le nom de "Yahvé pourvoit". L'idée juive de sacrifice de substitution (au moyen d'un animal) s'affirme et trouvera son accomplissement dans la figure de Jésus (l'agneau immolé).


Comment Dieu a-t-il pu demander à Abraham de tuer son fils? D'autant plus que ce fils est celui que Dieu lui avait promis. Pourquoi Abraham reste-t-il silencieux quant à la demande de Dieu? La tradition juive ancienne voit dans son silence un signe de son débat intérieur face aux voies, parfois incompréhensibles, de Dieu. Fort heureusement, le sacrifice n'a pas eu lieu. Abraham sort vainqueur de l'épreuve et béni pour avoir fait totalement confiance à Dieu. Abraham consent à voir mourir son fils pour que celui-ci puisse vivre sans lui. L'épreuve du détachement nous fait comprendre que seul Dieu fait vivre.

Il est possible qu'à l'origine ce texte ait été greffé à un récit  de fondation de sanctuaire israélite. À la différence des sanctuaires cananéens, aucune victime humaine ne pouvait être offerte sur l'autel. 

Le récit justifie aussi la prescription rituelle du rachat des premiers-nés d'Israël. En effet, selon la culture hébraïque, les premiers-nés, tout comme les premières prémices, appartiennent à Dieu. Ils ne doivent pas être sacrifiés, mais plutôt rachetés. Le récit actuel condamne les sacrifices d'enfants. On lit dans le Lévitique que les sacrifices humains sont déclarés "abominables aux yeux de Dieu" (Lv. 20,2).Les Cananéens, qui ressentaient l'angoisse d'être coupé de Dieu, pensaient que celui-ci pouvait être jaloux du bonheur de l'homme. Ils procédaient au sacrifice d'enfants pour calmer cette angoisse.

Pour les Pères de l'Église, la figure d'Abraham qui consent à sacrifier son fils préfigure celle de la Passion de Jésus, le Fils unique.









lundi 21 mai 2012

Abraham et Abimélek à Bersabée (Gn 21, 22-34)

Ce récit étiologique (qui veut expliquer le nom d'un lieu) est principalement de tradition élohiste. Il relate l'alliance conclue entre Abraham et Abimélek. La structure du texte, qui s'inspire  du chiasme, souligne le parallélisme entre les ententes.  : A - verset 22a : l'arrivée d'Abimélek; B - versets 22b-24 : l'accord entre Abimélek et Abraham; C - versets 25-26 : la dispute; B' - versets 27-31 : l'alliance entre Abimélek et Abraham; A' - versets 32-34 : le départ.

Le roi Abimélek, accompagné du chef de son armée, Pikol, rencontre Abraham afin de lui demander serment. Il ne veut pas être trompé, lui et son lignage, et souhaite obtenir d'Abraham la même bienveillance que celle manifestée envers lui à titre d'hôte. Abraham jure qu'il fera comme le roi  lui demande.

Abraham reproche ensuite au roi le geste de ses serviteurs qui ont usurpé un puits. Abimélek ignore qui a pu faire cela puisque personne ne l'en avait informé. Abraham prend du petit et gros bétail pour l'offrir au roi et tous deux conclurent une alliance.

Abraham met à part sept brebis du troupeau. Cela suscite l'interrogation d'Abimélek : pourquoi fais-tu cela? Il lui répond: c'est pour que tu acceptes  ces sept brebis de ma main en guise de témoignage que j'ai bien creusé le puits. Comme tous deux prêtent serment, le lieu est appelé Bersabée (le Puits du Serment ou Le Puits des Sept Brebis).

Une fois l'alliance conclue, Abimélek et Pikol se retirent pour retourner au pays des Philistins. Abraham plante un tamaris (arbrisseau) à Bersabée où il invoque le nom de Yahvé. Abraham séjourne longtemps au pays des Philistins.

Ainsi Abraham a le souci de préserver des rapports pacifiques avec le pouvoir dans un pays où il est d'abord un étranger. Le problème de l'eau est réglé à l'amiable. L'arbre qu'il plante près du puits est encore le symbole du lien de la terre au ciel. Cet arbre et ce puits sont aussi le symbole de la fécondité dont il est porteur.


dimanche 20 mai 2012

Renvoi d'Agar et d'Ismaël (Gn 21, 8-21)

Si nous devons inscrire ce récit dans la continuité du chapitre 16, nous sommes en droit de penser qu'Ismaël est âgé d'environ quinze ans. Le présent texte nous le présente comme un enfant à peine plus âgé qu'Isaac. Cet épisode a probablement été incorporé dans la Genèse pour expliquer les rapports de parenté et les futures relations entre Ismaélites et Israélites. La structure du texte est construite à partir d'un chiasme que l'on peut schématiser ainsi : A - versets 8-9 : le problème; B - versets 9-14 : le renvoi; C - versets 14b-16 : près de la mort;  B' - versets 17-19 : le sauvetage; C' - versets 20-21 : la conclusion.

Le jour où le petit Isaac est sevré, Abraham organise un grand festin. Or, Sara, qui regarde Isaac jouer avec son demi-frère, demande à Abraham de chasser Agar (la servante égyptienne) et Ismaël (le premier fils d'Abraham), car elle ne veut pas que ce premier fils hérite avec son enfant. Cette parole irrite Abraham, mais Dieu lui dit de ne pas s'attrister et d'exécuter tout ce que Sara demande. Il précise que c'est par Isaac que la descendance doit perpétuer son nom. Quant à Ismaël, il sera le père d'une grande nation, car il est de sa race.



Abraham prend du pain et une outre d'eau qu'il remet à Agar et son fils. La servante et l'enfant consentent à partir et se dirigent en direction du désert de Bersabée. Lorsque l'eau dans l'outre vient à manquer, Agar dépose l'enfant sous un buisson et se retire, le coeur brisé, pour ne pas voir l'enfant mourir. Elle se met à crier et à pleurer.


Dieu l'entend et lui répond : "Ne crains pas, car Dieu a entendu les cris du petit, là où il était. Debout! soulève le petit et tiens-le ferme, car j'en ferai une grande nation!" (verset 18). Dieu désille ensuite les yeux d'Agar qui voient un puits à proximité. Elle remplit l'outre et fait boire Ismaël. Dieu reste avec lui, il grandit et demeure au désert de Parân, où il devient tireur d'arc. Sa mère lui choisit par la suite une femme.

Le texte met en relief une histoire de jalousie entre deux femmes (Sara versus Agar) et ses conséquences. Mais derrière le comportement de ces femmes, le texte fait ressortir les antagonismes tribaux qui opposent deux peuples très proches. On assiste au détachement de l'ordre de la nature (la relation qui lie Abraham à son fils Ismaël) et à la valorisation de la promesse (Isaac).


Naissance d'Isaac (Gn 21, 1-7)


Le texte est entremêlé de fragments de tradition yahviste (vv. 1a, 2a et 7), élohiste (vv. 1b et 6), et sacerdotale (vv. 2b et 3-5). C'est dire la complexité de sa structure littéraire. Le récit relate la naissance de l'enfant promis par Yahvé. Les deux premiers versets soulignent cette promesse : Yahvé rend visite à Sara et intervient en sa faveur. Elle devient enceinte malgré son âge avancé et donne un fils à Abraham, selon la date fixée par Dieu. Ils le prénomment Isaac.



Au huitième jour, l'enfant est circoncis selon la prescription divine. Le texte précise qu'au moment de la naissance de l'enfant, Abraham a cent ans.

Sara exprime toute sa joie : "Dieu m'a donné de quoi rire, tous ceux qui l'apprendront me souriront" (verset 6). C'est encore un jeu de mots sur le nom d'Isaac ("que Dieu rie"), qui se transforme ici en rire de joie. La naissance de cet enfant renoue la confiance à Dieu.

Contre toute attente humaine, Dieu choisit une femme qui était tenue pour impuissante et faible pour réaliser la promesse. Sara est l'une de ces nombreuses saintes femmes, que nous  découvrirons tout au long de l'Ancienne Alliance, qui participe au plan de Dieu. Elle, comme les autres, prépare le chemin pour la mission future de Marie (la Mère de Jésus) et l'accomplissement de l'économie nouvelle.

Abraham à Gérar (Gn 20, 1-18)




Ce texte est un doublet du chapitre 12,10-30 dans lequel la morale est nettement adoucie. Abraham se rend dans le pays du Négeb afin de séjourner à Gérar. Il rencontre le roi de la ville, Abimélek, et recourt au même subterfuge utilisé avec Pharaon. Il présente Sara comme sa soeur afin d'éviter la mort. Le roi s'éprend de Sara sans connaître la vérité sur son lien marital. Dieu visite le roi dans un songe et le prévient qu'il va mourir à cause de Sara parce que c'est une femme mariée. Pour éviter la mort, il doit remettre Sara à son mari. Abimélek, qui est un roi juste, demande à Dieu pourquoi il doit subir un pareil châtiment alors qu'il ne savait pas que Sara était mariée. Abraham lui avait dit que Sara était sa soeur. Dieu reconnait que le roi a agi en bonne conscience, mais Il lui signifie que sans son intervention, il aurait commis un péché grave. Dieu recommande de réunir Sara et Abraham. Il précise qu'Abraham est un prophète et qu'il saura intercéder pour lui. Le titre de prophète doit-être compris ici dans un sens large : il s'agit d'une personne qui a un lien privilégié avec Dieu et dotée, de ce fait, d'un pouvoir d'intercession.

Abimélek convoque Abraham et lui reproche de ne pas lui avoir dit toute la vérité. Celui-ci se défend en arguant qu'il craignait de mourir à cause de Sara, et que le mensonge n'en est pas tout un puisque Sara est sa demi-soeur. Il précise également qu'il avait demandé à Dieu la faveur d'avoir recours à ce moyen.



Abimélek réunit Sara et Abraham et leur remet du bétail, des serviteurs, et précise qu'ils peuvent se déplacer en toute liberté dans son royaume. À Sara, il dit: "Voici mille pièces d'argent que je donne à ton frère (Abraham). Ce sera pour toi comme un voile jeté sur les yeux de tous ceux qui sont avec toi" (verset 16). On peut déduire que Sara se trouve ainsi "justifiée" et que l'argent équivaut à une réparation.



Abraham intercède auprès de Dieu en faveur du roi Abimélek afin que toutes les femmes de sa maison soient délivrées du mauvais dont elles étaient victimes. En effet, Dieu avait rendu stériles toutes ces femmes à partir du moment où le roi avait accaparé Sara. Dieu guérit toutes ces femmes.

Contrairement à Pharaon, Abimélek se montre sous les traits d'un étranger ouvert à Dieu. Abraham ne le savait pas et en a douté. En remettant Sara à Abraham et en le comblant de biens, l'ordre du troc fait place à l'ordre de la gratuité et de la vie. Le royaume d'Abimélek s'en trouve fécondé. "La vie ne peut fructifier que si la femme y trouve sa place véritable".






samedi 19 mai 2012

Origine des Moabites et des Ammonites (Gn 19, 30-38)


Le cycle de Lot se poursuit en posant la question de la descendance. À la suite de la destruction de Sodome et Gomorrhe par Yahvé, Lot se rend à la ville de Çoar où il décide de ne pas s'installer. Il préfère monter dans la montagne afin de trouver refuge, avec ses deux filles, dans une grotte.



Ses filles, qui supposent fort probablement qu'elles sont les seules survivantes avec leur père des deux grandes villes, se demandent comment toute descendance sera maintenant possible. A la manière d'Abraham au chapitre 15, elles trouvent "une solution humaine" au problème. En effet, la solution appartient à l'aînée qui suggère à la cadette d'enivrer leur père et de profiter de son état d'inconscience pour coucher avec celui-ci. La descendance sera ainsi assurée. L'aînée est la première à s'adonner à cette démarche.  Le lendemain, l'aînée avisel sa cadette qu'elle doit l"imiter pour assurer la descendance. Celle-ci consent à cette démarche et couche avec son père. Dans les deux cas, le texte précise que Lot n'eut conscience de rien.




Le verset trente-sept indique le résultat de cette conspiration: les deux filles sont bel et bien enceintes de leur père. La Bible ne présente pas les deux filles de Lot comme étant impudiques, mais soucieuses avant tout de perpétuer la race. L'aînée donne naissance à un fils qu'elle prénomme Moab. Il deviendra l'ancêtre des Moabites. La cadette donne naissance également à un fils qu'elle prénomme Ben-Ammi. Il deviendra l'ancêtre des Bené-Ammon.



La destruction de Sodome (Gn 19,1-29)


Le récit de ce chapitre est de nouveau relié au cycle de Lot (voir Gn 18). Les Anges ne sont plus qu'au nombre de deux puisque l'un d'entre eux est demeuré avec Abraham. Ces Anges sont des messagers de Dieu qui viennent vérifier si les rumeurs concernant la ville de Sodome sont bel et bien fondées.

Les trois premiers versets relatent la visite à Lot (neveu d'Abraham). Les Anges arrivent à Sodome sur le soir et trouvent Lot assis à la porte de la ville. Celui-ci se prosterne devant ces visiteurs. Lot se conforme aux règles de l'hospitalité et invite les messagers à venir se restaurer chez lui avant de reprendre la route le lendemain. Ceux-ci refusent en alléguant qu'ils passeront la nuit sur la place. Mais Lot insiste pour que les visiteurs cèdent à son invitation. Ils y consentent et mangent le repas préparé par son épouse.



Les versets quatre à onze soulignent la protection des hôtes. Les invités ne sont pas encore couchés que l'on constate que la maison est cernée par les hommes de la ville, soit tout le peuple sans exception. Ils veulent savoir où se trouvent les personnes (les Anges) qui ont rendu visite à Lot. Et ils demandent à les rencontrer afin d'en "abuser". Cette demande fait allusion au vice qui était implanté dans la ville. Bien que le texte ne mentionne pas précisément la nature de ce vice, la tradition y a toujours vu une référence à l'homosexualité. Cette préférence sexuelle était abominable pour les Israélites, bien que répandue (selon la Bible) chez les peuples voisins des Hébreux. L'homosexualité représentait une sexualité de substitution dans ces cultures où la jeune femme devait arriver vierge au mariage. Pour les Hébreux, au temps de la Genèse, cette pratique sexuelle, comme la zoophilie,  était condamnable et sujette à la peine de mort.




Lot sort de sa maison tout en prenant soin de fermer la porte derrière lui pour protéger ses hôtes. Il veut dissuader le peuple de commettre un tel crime. Il  suggère à ces hommes de prendre plutôt ses deux filles qui sont encore vierges afin d'épargner ses invités. L'honneur d'une femme avait à cette époque moins de valeur que le devoir sacré de l'hospitalité. Les Sodomites ne veulent rien savoir de cette substitution et commencent à le molester. Ils tentent de briser la porte de la maison. Devant la tournure de la situation, les Anges tirent Lot à l'intérieur et barricadent la porte. Ils utilisent ensuite leur pouvoir surnaturel pour frapper de cécité les assiégeants, ce qui les empêche de trouver l'accès de la maison.

Les versets douze à dix-sept contiennent l'ordre de quitter Sodome. Les Anges avisent Lot que Yahvé a décidé d'anéantir la ville et qu'il est urgent, pour lui et sa famille, de quitter les lieux. Lot transmet l'information aux fiancés de ses filles, mais ceux-ci, qui ne croient pas au message des Anges, se moquent de lui. Le lendemain matin, les Anges pressent Lot de quitter la ville sur-le-champ avec ses filles et sa femme, car le châtiment est imminent. Comme ils hésitent encore, les Anges les prennent par la main et les conduisent à l'extérieur de la ville.  Ils leur ordonnent de fuir dans la montagne et de ne pas se retourner sous aucun prétexte. Lot et sa famille se dirigent vers la ville de Soar - qui est épargnée -, puis la montagne.



Les versets dix-huit à vingt-deux présentent l'objection de Lot en vue de sauver la ville, et sa prière. Les Anges insistent pour que Lot et les siens se rendent jusqu'à Soar car ils ne peuvent rien faire avant cela. Les versets vingt-trois à vingt-six confirment la destruction des deux villes. "Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu venant de Yahvé, depuis le ciel, et il renversa ces villes et toute la Plaine, tous ses habitants et la végétation du sol".  Durant la destruction, la femme de Lot oublie l'instruction des Anges et se retourne pour voir ce qu'il advient des villes. Elle est immédiatement transformée en statue de sel.



Le verset vingt-neuf vient conclure le récit. Abraham regarde du côté du bassin du Jourdain, il n'y voit que de la  fumée et des ruines. Il déduit, manifestement, que Dieu n'a pas trouvé dans ces villes dix justes.

Sodome et Gomorrhe sont des villes qui incarnent la perversité de l'homme et le péché contre nature. Cet épisode souligne principalement la logique morale de Dieu: les hommes justes sont sauvés et récompensés, les méchants sont punis sans aucune pitié.


vendredi 18 mai 2012

L'intercession d'Abraham (Gn 18, 17-33)


On assiste dans ce chapitre à la réflexion de Yahvé sur le sort de Sodome et Gomorrhe. Yahvé doit-il communiquer à Abraham le sort qu'il réserve à ces villes où le péché est devenu fort grave? Il décide d'abord de vérifier si ces rumeurs sont fondées en se rendant sur les lieux.


Deux des hommes (interprétés comme des Anges par la tradition), qui avaient rendu visite à Abraham (chapitre 17) aux Chênes de Mambré, poursuivent leur chemin pour se rendre à Sodome. Ce sont eux qui vont vérifier si tout le mal qui est dit sur cette ville est fondé. De son côté, Abraham se trouve seul avec Yahvé. Il lui dit: "Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur?" (verset 23). Abraham s'oppose ensuite à Dieu et le prie de sauver la ville. Mais la résolution de Dieu est bien différente. 

La question posée par Abraham est toute simple: les bons doivent-ils souffrir avec les méchants? Et à cause d'eux? Il est vrai que dans l'ancien Israël, le sentiment de la responsabilité collective était si fort que l'on se souciait moins de la responsabilité individuelle. Abraham veut savoir si tous doivent subir le même sort, si les justes - qui sont innocents - seront sauvés. Il y a, derrière cette question,  la conviction qu'il y a plus d'injustice à condamner quelques innocents qu'à épargner de nombreux criminels.  Yahvé en convient et promet d'épargner la ville s'il s'en trouve un certain nombre.  S'ensuit un marchandage entre Abraham et Yahvé afin de déterminer le nombre de justes qui permettrait de sauver la ville.  Yahvé s'engage finalement à ne pas détruire la ville s'il s'y trouve dix justes.

"Que mon Seigneur ne s'irrite pas et je parlerai une dernière fois:
"peut-être s'en trouvera-t-il dix (justes)" et il répondit:
 "Je ne détruirai pas, à cause de dix" (verset 32).


Ce disant, Yahvé se montre en accord avec le rôle sauveur des saints dans le monde. On peut penser que l'Esprit de Dieu a inspiré à Abraham cette audace et cette confiance pour marchander avec Yahvé. La conversation une fois terminée, Yahvé quitte Abraham et celui-ci retourne chez lui.


L'apparition de Mambré (Gn 18, 1-16)



Ce chapitre présente un récit de tradition yahviste dans sa forme finale. Il présente l'appartition de Yahvé à Abraham accompagné de deux hommes qui, selon Gn 19,1, sont deux anges. La forme primitive du texte semble avoir privilégié la présence de trois hommes ou de trois anges représentant Dieu. Au sujet de ces trois hommes auxquels Abraham s'adresse au singulier, nombreux Pères de l'Église y ont vu l'annonce du mystère de la Trinitié (ce qui sera révélé dans le Nouveau Testament). Le présent chapitre est intimement lié au suivant (chapitre 19, récit sur la ville de Sodome). La tradition Yahviste regroupe ici les éléments d'une vieille légende relative à la desctruction de Sodome qui intégrait trois personnages divins. Cette histoire appartient au noyau d'un cycle de  Lot et a été rattaché au cycle d'Abraham.


Yahvé apparaît à Abraham qui se trouve aux Chênes de Mambré, à l'entrée de la tente, alors que la chaleur du jour est à son zénith. Abraham aperçoit trois hommes qui se tiennent debout près de lui. Il se précipite pour se prosterner devant eux. Il les invite à rester auprès de lui, ordonne qu'on leur apporte de l'eau afin qu'ils puissent se laver les pieds, et leur suggère de s'étendre  sous l'arbre. Abraham propose d'aller chercher un morceau de pain afin de leur "réconforter le coeur" avant qu'ils reprennent leur chemin. Certains théologiens interprètent ce repas comme l'image de l'eucharistie future. Les trois personnes répondent favorablement à l'hospitalité d'Abraham.

Abraham donne les instructions à Sara pour qu'elle prépare les galettes de pain. Il s'empresse de choisir un veau tendre et prendre du lait. Situées sous l'arbre, les trois personnes mangent en présence d'Abraham.

Ils lui demandent ensuite où se trouve Sara. Abraham répond qu'elle est dans la tente. Les trois hommes affirment (ils parlent d'une seule voix) qu'à leur retour, dans un an, Sara aura un enfant. Celle-ci prend connaissance de cette révélation et ne peut s'empêcher, intérieurement, d'en mesurer toute l'incongruité. Le doute qui l'habite se traduit par un rire (qui n'est pas sans rappeler le rire d'Abraham au chapitre précédent). Les trois personnes demandent : "Pourquoi Sara a-t-elle ri, se disant: Vraiment, vais-je enfanter, alors que je suis devenue vieille? Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé?" (versets 14-15). Sur ces paroles, Sara se dément, car ces trois personnes lui font peur (Sara ne rit pas par manque de foi, mais par crainte de ces étrangers). Mais ceux-ci répliquent: "Si, tu as ri" (verset 15). Après cela, les personnes se lèvent afin de se diriger vers Sodome. Abraham marche avec eux pour les reconduire.

Ce récit de théophanie (qui relate l'apparition de Dieu) cherche à intégrer dans l'histoire d'Israël une légende païenne liée au sanctuaire situé sous un arbre. Cet arbre est d'ailleurs le symbole du lien entre la terre et le ciel. Il formule d'une manière nouvelle la promesse de Dieu à Abraham et souligne les qualités d'accueil de ce dernier. Réalité d'autant plus importante que cet accueil se manifeste alors qu'Abraham se prosterne devant Yahvé et que celui-ci prend la forme de trois étrangers. Le texte prend soin de relever le rire sceptique de Sara qui reçoit, à son tour, l'appel de Dieu. Ce rire se transforme en rire de joie puisque "Isaac" signifie "que Dieu rie". Dans ce contexte, on peut affirmer qu'Isaac est le fruit de l'humour de Dieu.

L'hospitalité
Dans l'Antiquité, l'hospitalité est une tradition composée de nombreux rites. Elle consiste principalement à saluer l'hôte, à lui offrir de l'eau pour laver ses pieds poussiéreux, à l'installer confortablement pour lui offrir à manger et à boire, pour, finalement,  le questionner sur le motif de sa visite.


mercredi 16 mai 2012

L'alliance et la circoncision (Gn 17, 1-27)


Le thème de la descendance est traité selon trois grands axes. La première solution considérée par Abraham est  l'adoption (Gn 15). Dieu s'y oppose et confirme que l'héritier d'Abraham en est un issu de son sang. La seconde solution, celle de la mère porteuse (Gn 16) n'est pas plus fructueuse. Abraham consent à se séparer d'Ismaël en raison de la mésentente entre sa femme et Agar. La troisième solution est décrite dans le présent chapitre, il s'agit d'une solution divine qui s'appuie essentiellement sur la promesse.



La figure de construction du chapitre dix-sept correspond à un chiasme: A-B-C-B'-A'. La partie A relate l'apparition de Yahvé. La partie B introduit la promesse et le changement de nom d'Abraham (de Abram à Abraham). La partie C, la partie centrale, contient l'ordre de Dieu. La partie B' présente de nouveau la promesse et le changement de nom de Saraï (de Saraï à Sara). Et la partie A' souligne la disparition de Dieu. Les derniers versets contiennent l'exécution de l'ordre.

Le présent récit est un texte sur l'alliance de tradition sacerdotale. L'alliance ne diffère pas de celle que nous avons vue au chapitre précédent, elle impose cependant des obligations morales. Une obligation de perfection au verset 1 : "marche en ma présence et sois parfait". Un lien religieux avec Dieu aux versets 7 et 19 : l'alliance perpétuelle. Une prescription positive au verst 10 : la circoncision.

Après avoir formulé l'alliance avec Abraham et engagé la promesse de le faire père d'une "multitude de nations", Dieu annonce que sa femme donnera naissance à un fils qu'ils prénomeront Isaac. Abraham ne peut s'empêcher de sourire tant cette réalisation lui apparaît impossible (compte tenu de l'infertilité de Sara et de leurs âges très avancés). Mais Dieu lui fait comprendre que l'alliance perpétuelle sera établie avec Isaac et non avec Ismaël. Suite au message de Dieu, Abraham réunit son fils et tous les hommes de sa maison pour procéder à la cirocncision.

Si Dieu change les noms d'Abram et Saraï pour Abraham et Sara, c'est pour souligner le début d'une nouvelle phase de leur vie. Ce modèle est repris par les communautés religieuses ou monacales dont les membres changent de nom lors de leur profession solennelle. Ce changement correspond aussi avec leur entrée dans cette alliance qui se prolongera pour leur descendance.

La circoncision
Ce rituel consiste à retirer un morceau de peau du prépuce. Cette pratique était commune chez la plupart des peuples sémites, en Syrie et en Palestine. On la retrouve également chez les pays voisins, tels qu'Israël et les Arabes. Il est probable qu'on y avait recours par souci d'hygiène et de fertilité.

La criconcision était primitivement un rite d'initiation au mariage et à la vie du clan. Les Juifs en font un symbole d'appartenance à Dieu. En effet, la circoncision symbolise  l'alliance du peuple avec Dieu. Cela deviendra particulièrement vrai à partir de l'Exil.

Saint Paul interprète la circoncision comme "le sceau de la justice de la foi" (Rm 4,11).



S'agit-il de la même alliance que celle faite avec Noé?
L'alliance faite avec Noé est une alliance universelle qui s'étend à toute la création. L'alliance faite avec Abraham passe par le choix d'un peuple particulier, par sa descendance (de Abraham à Isaac, puis à Jacob et à Joseph), et implique le don d'une terre.


mardi 15 mai 2012

Naissance d'Ismaël (Gn 16,1-15)


Le texte est principalement de tradition Yahviste avec quelques éléments de tradition sacerdotale. Saraï, la femme d'Abraham, qui ne peut avoir d'enfant, lui suggère de recourir à leur servante (une Égyptienne nommée Agar) pour assurer leur descendance. Le droit mésopotamien permet à une femme stérile de donner à son mari une servante comme femme et de reconnaître les enfants nés de cette union comme siens.



Abraham retient le conseil de sa femme et consent à obtenir un enfant avec Agar. La réalité se complique lorsque Agar, une fois enceinte, se croit permise d'outrepasser son rôle de servante en ne voulant plus se soumettre à l'autorité de sa maîtresse. Saraï ne supporte pas l'injure et exprime son mécontentement à Abraham.

Abraham intervient entre les deux femmes en suggérant à son épouse de traiter Agar comme bon lui semblera. Saraï n'hésite pas à maltraiter sa servante, mais la correction n'est pas sans effet. Agar prend la fuite. Elle se retrouve dans le désert, près d'une source sur le chemin de Shur. Un Ange de Yahvé la rencontre et s'informe de sa situation. Il lui suggère finalement de retourner près de sa maîtresse et de se soumettre à sa condition.




 L'Ange ajoute:

"Je multiplierai beaucoup ta descendance,
tellememt qu'on pourra pas la compter" (verset 10).

Il lui dit également qu'elle enfantera un fils qui portera le nom d'Ismaël, car Yahvé a entendu sa détresse. "Ismaël" signifie "Dieu entend".

Agar donne à Yahvé, qui lui a parlé, le nom de "El-Roï". Ce même nom est ensuite donné au puits, le "puits de Lahaï-Roi", là où se trouve Agar, entre Cadès et Bérèd.

L'histoire se termine exactement comme l'avait annoncé l'Ange de Yahvé. Agar enfante un fils nommé Ismaël. Abraham qui a pris le parti de sa femme contre Agar ne rejette pas l'enfant.  Il a quatre-vingt-six ans au moment de la naissance de son premier fils.




Nous comprenons qu'Abraham et Saraï décident de régler le problème de la postérité. La descendance du couple, qui participe à  la réalisation de la promesse divine, est assurée par un moyen proprement humain (le recours à la servante). Ce subterfuge a pour conséquence de désemparer Saraï devant la conduite imprévue de sa servante. Les difficultés qui s'ensuivent viennent confirmer l'échec de la "solution humaine". Dieu ne rejette pas pour autant ce premier enfant. En effet,  Ismaël deviendra l'ancêtre des Arabes. Il s'agit d'une parenté fictive permettant de justifier la relation concurrentielle entre les deux groupes. En effet, la Bible relate nombreuses altercations ou tensions entre le peuple hébreu (Israël) et les Ismaëlites (descendants d'Ismaël). Citons, par exemple, l'épisode dans lequel les enfants de Jacob vendent leur frère Joseph à des marchands d'esclaves (des Ismaëlites!) .



lundi 14 mai 2012

Les promesses et l’alliance divines (Gn 15, 1-21)


Il s’agit d’un récit de tradition Yahviste pour l’essentiel. Nous verrons que la foi d’Abraham est mise à l’épreuve parce que les promesses de Dieu tardent à se réaliser. Ces promesses seront cependant renouvelées par une alliance dans laquelle la terre promise tiendra la première place.

Le chapitre 15 commence avec le renouvellement de la promesse. Yahvé apparaît à Abraham dans une vision. :


« Ne crains pas Abraham! Je suis ton bouclier,
ta récompense sera très grande. » (verset 1).

       Mais Abraham exprime une inquiétude : « Je m’en vais sans enfant » (verset 2). Yahvé le rassure immédiatement. Il lui demande de ne pas douter, et lui montre la Voie lactée pour lui signifier qu’il pourvoira à sa descendance qui sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel (verset 5).

« Abraham crut en Yavhé,
qui le lui compta comme justice. » (verset 6)

Cette certitude de foi est d’autant plus remarquable que la promesse est humainement irréalisable. Yahvé reconnaît le mérite de cet acte et le compte comme justice. Que signifie cette notion de justice? Le « juste » est celui qui règle sa conduite de manière à ce qu'elle soit "agréable" à Dieu. Abraham règle précisément sa conduite sur la foi.  Il s'agit d'un principe d’action. Le verset 6 sera utilisé plus tard par saint Paul pour démontrer que la justification  dépend de la foi et non des œuvres de la Loi. Saint Jacques se réfère au même texte pour condamner plutôt « la foi morte »,  c'est-à-dire
sans les œuvres de la foi.

Dans la même foulée, à travers un rituel de scission et de destruction – c'est-à-dire au moyen de cadavres d’animaux -, Abraham interroge Yahvé pour savoir comment il pourra reconnaître la terre promise. Yahvé l’informe que ses descendants seront des étrangers dans un pays qui ne sera pas le leur. Ils y seront des esclaves et seront opprimés durant quatre cents ans (le texte est flou sur la durée puisqu’il contient également la mention « durant quatre générations »). Au moment de leur libération, Yahvé promet de juger cette nation, et s’assurera que son peuple sortira avec de grands biens. Quant à Abraham, il partira en paix avec ses frères, et il connaîtra une vieillesse heureuse avant d’être enseveli. Suit, dans le verset 18, la confirmation de cette alliance entre Yahvé et Abraham.