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lundi 30 avril 2012

Le récit du paradis (Genèse 3,1-24)

Le récit du paradis et de la désobéissance de la femme et de l'homme en est un particulièrement populaire dans la culture occidentale. Les versets commencent avec la présence du serpent dans le jardin qui s'apparente à un être hostile à Dieu et à  l'homme. La tradition sapientielle et la tradition chrétienne ont toujours interprété cette figure comme celle de l'Adversaire (le Tentateur), la figure du diable. Le texte démontre d'emblée, avec la figure du serpent, que le péché ne vient pas de l'intérieur de l'homme. Il ne fait pas partie de sa nature. Et parce que  le péché est extérieur à l'homme, l'homme est responsable de ses actes.

 Le serpent s'avère être le plus rusé des animaux. Il utilise cette ruse en développant un dialogue avec la femme dans lequel il veut  s'opposer à l'interdit de manger du fruit de l'arbre qui se trouve au milieu du jardin (aucune mention d'un pommier dans le texte, contrairement à la tradition populaire!). Il  recourt à une rhétorique fort simple, mais très efficace, qui consiste à poser une question: "Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin?(verset 1)". L'information contenue dans la question est biaisée et oblige la femme à donner une précision: "Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort" (verset 2). Le serpent  conduit ainsi la femme sur le point désiré de sa ruse. Il poursuit son jeu perfide en affirmant dans le verset 4: "pas du tout, vous ne mourrez pas! Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des Dieux, qui connaissent le bien et le mal." La femme est séduite par cette pensée et décide de manger le fruit défendu. Elle le partage avec l'homme qui ne s'y oppose pas.

Mais que signifie cet interdit de Dieu? Il refuse principalement à l'homme de vouloir se faire Dieu et, par conséquent, de renoncer en pleine conscience à sa condition d'homme. Seul Dieu est Sage, seul Lui connaît la racine du Bien et du Mal. Dieu consent à donner cette Sagesse à tout homme qui l'aime avec respect et qui le "craint". La femme et l'homme en ont décidé autrement.

Une fois le fruit mangé, les yeux de l'homme et de la femme "s'ouvrent". Ils prennent conscience de leur nudité et se font des pagnes avec des feuilles de figuier. Le premier péché - c'est-à-dire la première désobéissance à l'ordre de Dieu - est immédiatement suivi du désir. C'est le premier signe du profond désordre introduit dans la création de Dieu. Le "péché", dans la tradition chrétienne, est toujours entendu comme une perturbation du rapport de l'homme avec Dieu. L'histoire de l'humanité apparaît ici comme celle de l'infidèlité à Dieu et la multiplication du mal.


Adam et Ève redoutent de se retrouver en présence de Dieu qui se déplace dans le jardin. Ils ont honte et cherchent à se cacher. Dieu, qui constate leur changement , procède à son tour à un interrogatoire. Il s'ensuit l'aveu du péché dont la responsabilité passe de l'homme à la femme, et de la femme au serpent. Les versets 3,14-18 contiennent la première malédiction de Dieu qui tombe sur le serpent et l'humanité. Les principaux éléments qui résultent de cette colère divine sont : la douleur de la grossesse infligée à la femme, la domination de l'homme sur la femme, les peines du travail associées à la subsistance de l'homme, le sort de l'homme qui retournera à la poussière.

C'est dans ce contexte que l'homme nomme la femme "Ève" "parce qu'elle fut la mère de tous les vivants" (verset 3,20). Dieu leur donne et les revêt de tuniques de peau et déclare solennellement: "Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal (ce qui est le privilège de Dieu)! Qu'il n'étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l'arbre de vie, n'en mange et ne vive pour toujours!" (verset 3,22). L'arbre de vie nommé ici n'est pas sans rappeler le désir d'immortalité de l'homme. Dieu chasse ensuite l'homme et la femme du jardin et place devant l'arbre de vie des chérubins et la flamme d'un glaive fulgurant afin de leur en interdire l'accès. L'éloignement du Paradis traduit l'éloignement du premier couple envers Dieu.


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Les chérubins sont des êtres mythologiques, constitués d'un corps d'animal et d'une tête humaine. Ils sont empruntés à la mythologie assyro-babylonienne.


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samedi 28 avril 2012

La création de l'homme et de la femme (suite)

Dieu place l'homme dans le paradis afin qu'il puisse le cultiver et le garder. À cette responsabilité, Dieu ajoute un commandement: "Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras!" (verset 2,17).


Cette connaissance du bien et du mal est une prérogative qui appartient à Dieu. Ce commandement prévient l'homme des conséquences désastreuses que pourrait entrainer sa désobéissance. Mais que contient le fruit de cet arbre? Qu'est-ce que Dieu refuse à sa créature? C'est la faculté de décider par lui-même ce qui est bien et mal et d'agir en conséquence. C'est la revendication d'autonomie morale par laquelle il pourra renier son état de créature.

Au verset 2,18, Dieu dit qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul, "il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie".  Pour ce faire, Il commence par modeler à partir du sol toutes les bêtes sauvages et les oiseaux, les amène à l'homme pour voir comment celui-ci allait les nommer. Cette étape complétée, Dieu voit que l'homme ne trouve toujours pas "l'aide assortie".  Il fait tomber une torpeur sur l'homme (ce que saint-Augustin associera au mystère de la Croix!) afin de l'endormir, prend une de ses côtes, referme sa chair, et façonne de la côte une femme. Une fois réveillé, l'homme découvre avec joie la femme (verset 2,23).

"Pour le coup, c'est l'os de mes os
et la chair de ma chair!
Celle-ci sera appelée "femme",
car elle fut tirée de l'homme, celle-ci!"


Dans cette exclamation, il y a un jeu de mots que l'on ne peut traduire avec le vocabulaire français.  En hébreu, 'ishshâh  ("femme") est le féminin de 'ish ("homme"). Dans ce second récit de la création, la femme vient au monde après l'homme et les animaux. Seulement, elle seule convient  pleinement à l'homme. Le texte se termine avec la précision que tous deux étaient nus et n'avaient pas honte l'un de l'autre.



vendredi 27 avril 2012

Création de l'homme et de la femme

Premier récit (Gn 1,26-31)

Le Dieu de la Bible crée le monde pour l'amour de l'homme. "Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance" (verset 1,26) affirme Élohim. Le texte ne précise pas en quoi consiste cette image ou cette ressemblance. Certains prétendent que l'homme, doté de l'intelligence et de la volonté, se trouve ainsi capable d'entrer activement en relation avec Dieu. Pour d'autres, l'homme reçoit de Dieu un pouvoir sur les autres êtres vivants. Chose certaine, l'homme se distingue du règne animal par sa nature et sa finalité. Il tient une place unique dans la création. Dans sa propre nature, il unit le monde spirituel et le monde matériel.

 Dans le verset 27, l'homme et la femme sont créés de manière simultanée (contrairement au second récit (Gn 2,22) où la femme est la benjamine), ce couple est appelé à devenir fécond, à peupler la terre, et "dominer sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent" (verset 1,28). Les fruits et les plantes sont ensuite donnés comme nourriture aux hommes et aux animaux. Pas question pour l'homme de se nourrir de la viande. Nous sommes en quelque sorte dans un "âge d'or". Dieu établit le genre humain dans son amitié.  Le récit sous-entend que le paradis est un monde meilleur à venir, il ne se trouve pas "derrière" mais plutôt  "devant", que cette tâche grandiose est bel et bien en devenir. Dieu créé l'homme pour qu'il soit heureux et libre.



Deuxième récit (Gn 2, 1-25)

Ce deuxième récit fait partie des traditions yahvistes. L'esprit du texte diffère beaucoup du précédent. Il présente un langage imagé et un style très coloré. Il semble intégrer d'anciennes représentations orientales qui séparent nettement la création de l'homme de celle du monde. Il relate la formation de l'homme et de la femme, les animaux dont le rôle devient accessoire, le paradis et la chute qui terminent le système narratif.

La création de l'homme figure au verset 7: "Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant".





L'homme vient du sol ('adamah), on lui attribuera le nom collectif d'Adam à titre de nom propre du premier être humain. Recevant le souffle de Dieu, il devient animé par un souffle vital. Ce récit se rapproche sensiblement de la mythologie grecque, plus précisément de la figure de Prométhée qui modèle à son image le premier homme (Deucalion) avec de l'argile et lui fait insuffler le souffle de vie par la déesse Athéna (Pyrrha). Ces similitudes nous éclairent sur le contexte littéraire.

S'ensuit la création d'un jardin à l'orient dans lequel  l'homme pourra évoluer. Ce jardin en Eden (traduit par le mot "paradis" dans la version grecque) ne correspond à aucun lieu géographique précis.  Des arbres "beaux à voir et bons à manger" s'y ajoutent , et, au centre, "l'arbre de vie", symbole de l'immortalité, et "l'arbre de la connaissance du bien et du mal". Les versets 2,10-14 rapportent qu'un fleuve sort du jardin et se divise en quatre fleuves: le Pishon qui entoure le riche pays de Hawilah; le Gihon, qui coule dans le pays de Koush; le Tigre et l'Euphrate (seuls fleuves identifiables). Ces versets, loin de chercher à localiser le jardin d'Eden, tendent à démontrer que la vie des contrées importantes de cette époque avait toute leur origine dans le paradis.





jeudi 26 avril 2012

Deux récits de la création

Nous avons indiqué plus haut que la Genèse est le fruit de plusieurs sources écrites s'appuyant sur des traditions orales. Nous en trouvons un exemple criant dans les deux récits de la création (Gen 1,1-2,4a) (Gen 2,4b-25). Bien que l'existence de ces sources soit sujette à de sérieuses controverses de la part des exégètes actuels, nous pouvons résumer les hypothèses qui ont prévalu durant plus d'un siècle dans la communauté scientifique.




La source "Yahviste"
Il s'agit de la plus ancienne source connue. Son style est particulièrement vivant et coloré. Les analyses linguistiques tendent à démontrer qu'elle remonte vers 900 av. J.-C. dans le royaume de Juda (partie sud d'un Israël partagé en deux). Elle serait composée d'un ou de plusieurs compilateurs de traditions orales, qui auraient fait une interprétation théologique des récits recueillis. Cette source a utilisé le tétragramme hébreu composé de quatre consonnes - y h w h - pour désigner Dieu.  La vocalisation de ces consonnes donne la prononciation "Yahveh".

Au Xe siècle av. J.-C., le rédacteur de cette source a pour souci de transmettre une idée principale: Yahvé  fait  alliance avec son peuple et avec la famille de David. Nous découvrirons plus tard que ce Dieu est loin de limiter son alliance à ce groupe particulier. L'histoire du salut concerne et regroupe tous les hommes.

Dans les textes les plus anciens, Yahvé est représenté comme très proche de l'homme. Il se promène près de lui, s'adresse à lui de manière presque familière, il développe un rapport de proximité continu. Cette manière de présenter Yahvé de façon humaine démontre combien Dieu est proche de sa créature.

La source "Elohiste"
La seconde source est un peu plus tardive: nous pouvons la situer entre 850 et 750 av. J-C. Son style est plus prosaïque et moins coloré et proviendrait du royaume du nord d'Israël. Cette région s'était d'ailleurs séparée à cette époque du royaume de David et de Salomon.

Il n'est plus question dans cette source de mettre en valeur la lignée royale (famille de David), le texte est plutôt critique envers cette celle-ci. Les prophètes acquièrent une place prépondérante, ils interviennent comme intermédiare entre Dieu et l'homme. En témoignent les figures d'Abraham et de Moïse.

Contrairement à la source "Yahviste", la source "Elohiste" présente un Dieu beaucoup plus distant de l'homme. Il est transcendant, et en raison de cette nature, Il se manifeste par des miracles, par l'intermédiaire des Anges ou autres envoyés. Aucun nom propre ne lui est donné. L'auteur de cette source utilise le mot  ÉLOHIm, pluriel de majesté du mot araméen "EL", pour signifier Dieu.

Le récit "Elohiste" est rempli de traditions populaires, dévotions passées, et récits miraculeux. Rien de la grande fresque spirituelle brossée dans la source "Yahviste". L'auteur se préoccupe beaucoup de morale et n'hésite pas à mettre l'accent sur la nécessité de "craindre" Elohim. Il ne s'agit pas de "craindre" Dieu  par peur, mais plutôt par respect. La Loi devient garante de ce respect. C'est d'ailleurs, fort probablement, la source "Elohiste" qui a révélé le texte du "Décalogue" et du "code de l'Alliance ". Ces deux textes législatifs appartiennent à la Tradition du Nord et révèlent que toute conduite humaine doit se faire sous le regard de Dieu.

Après la ruine du royaume du Nord, on pense que ces deux sources ont été fusionnées en une seule. Des irrégularités, des répétitions, des incohérences dans le texte en ont résulté. Il est probable que cela importait peu à l'auteur, respectueux de préserver les traditions particulières de ces deux sources.

La source "Deutéronomiste"
La troisième source se trouve dans le livre du Deutéronome, sous la forme d'un tout contrairement aux autres sources. Il  est rédigé par des auteurs inconnus, dans le nord du pays, peu de temps avant la déportation des Juifs à Babylone. Il ne semble pas avoir influencé la rédaction des autres livres de l'Ancien Testament.

Le message de cette source peut se résumer ainsi: la fidélité à Dieu suppose l'obéissance à la Loi. Dieu est un Dieu-Amour et non un Dieu-Tyrannique. Il a choisi son peuple par amour et c'est par amour qu'il a passé un contrat avec lui.

La source "Deutéronomiste" présente un aspect cultuel important. Il présente la codification des comportements et rituels religieux, les principes régissant les célébrations (dont la concentration du culte à Jérusalem), tout comme il comporte un véritable code social. Le sacré et le profane s'entremêlent pour ne faire plus qu'un.

La source "Sacerdotale"
La dernière source présente un style plutôt abstrait et traite principalement des prescriptions cultuelles. Ce "code sacerdotal" a été rédigé durant l'exil babylonien, à Jérusalem. Les Prêtres jouent un rôle primordial dans l'enseignement, car ils transmettent leurs interprétations de l'histoire sainte, qu'elle soit passée ou présente. Le message principal repose sur le fait que Dieu est Saint, d'où la nécessité pour le peuple d'être Saint. Tout ce qui est arrivé jusqu'à ce jour dans l'histoire participe à cette idée.

Dans cette perspective, la chute et la destruction du Temple de Jérusalem ont semé le doute et l'interrogation dans le peuple de Dieu. La source sacerdotale a pour mission, à défaut de pouvoir célébrer le culte, de suggérer à ce peuple le pouvoir de rêver à ce que pourrait être le culte de Dieu en guise de réponse à l'exigence divine. Le but consiste aussi à cultiver l'idée d'une conscience et d'une appartenance à une communauté de sang. Les généalogies que présentent les textes sacerdotaux illustrent ce principe. Quant aux signes d'appartenance, rappelons-nous la circoncision et le sabbat. On prend soin surtout de revenir sur certains événements de l'histoire sainte afin que l'espérance ne fasse jamais défaut. Cette visée pédagogique a pour mission de redonner courage et foi  à une communauté fortement ébranlée. Le premier chapitre de la Genèse semble  d'ailleurs appartenir à la source "Sacerdotale". Les expressions "Dieu dit...Et cela fut" révèlent explicitement la toute la puissance et la détermination de Dieu à créer le monde et l'humanité par la Parole.

Après le retour de la déportation en Babylonie, des scribes ont compilé ces quatre sources. Ceci explique de nouveau les répétitions et les contradictions dans le texte final.
















mercredi 25 avril 2012

Genèse 1-11 (cycle des origines) - suite

Ce cycle des origines s'ouvre sur ce dont personne n'a été le témoin: l'acte divin de la création du monde. Dieu est créateur du Ciel et de la Terre (Gn 1-2), cadre de l'humanité, il est aussi créateur du couple humain (Gn 2-3). Les origines du monde, telles que présentées dans les premiers chapitres de la Bible, qui constituent ce que les savants nomment une "cosmogonie", ne sont pas de l'histoire comme nous l'entendons aujourd'hui, mais plutôt de la théologie exprimée en images. Les chapitres relatant les origines de l'humanité relèvent davantage de "l'anthropogonie".




Nous pouvons aussi affirmer que ce premier récit de la Bible commence dans l'optimisme. On dénombre non moins de six  fois l'expression "Dieu vit que cela était bon" pour appuyer la qualité de la création. Il importe de retenir que Dieu opère dans la lumière et par la parole, selon un plan réfléchi. Il se présente comme antérieur à la création et met en place, en s'appuyant sur le modèle des jours de la semaine, huit oeuvres réparties de manière symétrique (le troisième et le sixième jour en comptent deux). L'homme et la femme se trouvent au sommet des oeuvres créées; ils ont reçu, par la volonté de Dieu, le pouvoir de domination sur les autres vivants. Ce premier enseignement théologique (Dieu est l'origine de toute chose) est immédiatement suivi d'un second enseignement: le repos du septième jour. Ce repos de Dieu devient le repos que l'homme devra imiter. Ce septième jour, le Sabbat, est au coeur de la loi d'Israël. Dans la perspective chrétienne, un huitième jour s'y ajoute: celui de la Résurrection du Christ. Le septième jour met fin à la première création, le huitième jour commence la nouvelle création.




Revenons sur le premier enseignement théologique: la suite des six jours de travail. Elle atteste qu'il n'existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. En utilisant l'expression "Dieu vit que cela était bon", nous pouvons comprendre que chaque créature possède sa bonté et sa  perfection propre. La création a été conçue selon un ordre déterminé et suivant une hiérarchie spécifique. L'Homme est placé au sommet de la création de Dieu. Le texte prend soin de mettre en place, suivant l'ordre des jours de la semaine, ce qui est le moins parfait pour terminer avec ce qui est le plus parfait.  Il n'en existe pas moins une solidarité entre toutes les créatures puisqu'elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées à sa gloire. Cette interdépendance entre les créatures est voulue par Dieu. Elles sont toutes unies les unes aux autres et se complètent. C'est pour cette raison que l'homme se doit de respecter toute créature et son environnement.

Il faut également souligner la beauté attribuée à l'univers créé. Hugues de Saint-Victor, auteur médiéval, affirmera candidement: "Dieu n'a pas voulu seulement que le monde soit, mais qu'il soit beau et magnifique". Les lois de la nature (ce qui fait l'objet du travail des scientifiques) nous permettent déjà d'appréhender l'ordre et l'harmonie du monde qui résultent de la diversité des êtres et de leurs relations. Parallèlement, la beauté de la création reflète la beauté infinie du Créateur, elle souligne l'alliance que Dieu fait avec l'humanité, elle révèle Son Amour infini pour l'Homme.

Repères historiques:
  1. Les "luminaires" dans le récit de la création correspondent  à l'ensemble des planètes, comètes ou autres étoiles. A l'époque biblique, plusieurs peuples rendent un culte au Soleil ou à la Lune. Pour les auteurs de la Bible, les luminaires ne sont pas des divinités, mais de simples astres qui figurent au nombre des éléments de la création, au même titre que le ciel et la terre.
  2. La notion de "firmament" doit-être comprise selon la conception de la Terre au temps des anciens Hébreux. La Terre était alors représentée comme un disque plat, surmonté et protégé d'une demi-sphère. Cette "coque", parsemée de trous, laissait passer la pluie, la grêle et la neige.








mardi 24 avril 2012

La Genèse

La Genèse est le titre donné au premier livre de la Bible par les Juifs d'Alexandrie qui, dès le IIIe siècle avant J.-C., ont commençé la traduction en grec des Écritures hébraïques. Le mot "Genèse" en grec signifie "commencement, début". La Genèse se divise en trois parties inégales: les versets 1-11 relatent l'histoire primitive précédant l'histoire du salut qui compose le récit de toute la Bible; les versets 12-36 présentent l'histoire des grands patriarches; et les versets 37-50  l'histoire de Joseph.

La première partie de la Genèse est souvent mieux connue puisqu'elle relate le récit de la création et de l'homme, la chute originelle et ses conséquences, le déluge, et le repeuplement de la terre. La seconde et la troisième parties mettent l'accent, après l'épisode de Noé, sur la figure d'Abraham, père du peuple élu. Celui-ci incarne l'homme de la foi, celui dont l'obéissance sera récompensée par Dieu puisqu'Il lui promet une postérité pour lui-même et la Terre Sainte pour son peuple. La figure des grands ancêtres s'ensuit: Jacob, Esaü, Isaac, Laban, les douze fils de Jacob, et l'importance du rôle de Joseph.



Genèse 1-11 (cycle des origines)

Les onze premiers chapitres de la Genèse sont souvent considérés comme un "mythe". Ce mot fait référence principalement au style littéraire de ces versets et non au contenu qui s'apparenterait à un récit fantastique ou légendaire. Un mythe est un récit composé de vieilles traditions populaires qui racontent les origines du monde. Il est aussi une forme de récit imagé et symbolique qui sert un dessein pédagogique précis. Il est doté généralement d'un caractère étiologique: dans la Bible, il permet de donner une réponse aux grandes questions humaines. D'où venons-nous? Où allons-nous? Quelle est notre origine? Quelle est notre fin? En d'autres mots, le mythe explique comment le monde est venu à exister avec toutes ses créatures, et pourquoi, nous, êtres humains, sommes aujourd'hui tels que nous sommes.

Ces premiers versets de la Bible sont depuis toujours sujets à de très nombreuses controverses sur le plan de l'herméneutique. Par exemple, la plupart des créationnistes, s'appuyant sur une lecture fondamentaliste des premiers versets de la Genèse, défendent l'idée que la Terre et la vie sont apparues subitement, sous l'impulsion divine, il y a 6000 ans. Les formes les plus structurées du créationnisme biblique se trouvent chez les protestants fondamentalistes (Pentecôtistes, Adventistes du Septième Jour, Baptistes) et les Témoins de Jéhovah. Sachons qu'il existe depuis 1920, aux Etats-Unis, une vive opposition entre les partisans de la création biblique et ceux de l'évolutionnisme (théories de Darwin). La communauté scientifque rejette la thèse des créationnistes.

L'Église catholique, pour sa part, se détache et réfute, après maintes tergiversations, la thèse des créationnistes. Dans la version définitive de son catéchisme (publié sous la direction du cardinal Schonborn), il est mentionné que les premiers versets de la Genèse utilisent un langage imagé afin de présenter la création comme la première manifestation du dessein de Dieu sur le monde et sur l'homme. "Il ne s'agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l'homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d'une telle origine" (article 284).












lundi 23 avril 2012

Premier jour : le grand début de l'aventure biblique

Nous commençons par l"Ancien Testament qui regroupe cinq livres (Le Pentateuque): la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome. Cet ensemble compose ce que les Juifs appellent la Tora, ou la "Loi". La nécessité de manipuler les textes fit que l'on divisa le texte en cinq rouleaux de longueur à peu près égale. Ainsi apparut dans les milieux de langue grecque le nom de "pentateuchos" (signifiant liber) ou "biblos" pour désigner ces cinq livres. Les Juifs qui parlaient l'Hébreu préférèrent l'appellation: "les cinq cinquièmes de la Loi".



Qui est l'auteur du Pentateuque?

Depuis le début de notre ère, on a toujours attribué à Moïse la composition des textes qui constituent le Pentateuque. Jésus et les Apôtres se conformèrent à cette opinion. Il faut préciser cependant que, parmi les traditions anciennes, aucune n'a affirmé explicitement que Moïse est l'auteur des textes dans son intégralité. Il ressort, depuis la fin du XIXe siècle, à la suite de l'analyse historico-critique du corpus, que des différences de style, des répétitions nombreuses, des désordres dans la structure du récit, ne permettent plus d'affirmer que les textes sont l'oeuvre d'un seul auteur ou d'une seule écriture. De longues recherches mènent à penser que le Pentateuque serait la compilation de quatre documents, différents par l'âge et le milieu d'origine, et tous postérieurs à Moïse. Mais ces conclusions ont fait de nouveau l'objet de contestations et la nouvelle recherche remet en question tout le travail des biblistes depuis la fin du XIXe siècle, ce qui conduit à une sérieuse impasse. Nous pouvons à tout le moins affirmer que le processus qui  a déterminé la fixation définitive du texte s'appuie sur deux grandes étapes : la tradition orale précédant la tradition écrite. Nous comprenons que la première étape est un support de recherche fort peu malléable et sujette à de très nombreuses hypothèses; la seconde, parce qu'elle nous est parvenue en grand nombre, demeure beaucoup mieux documentée.

Un livre d'histoire?

Faut-il mettre en relation les récits religieux et les faits historiques relatés dans le Pentateuque? Plusieurs croient que l'exactitude des événements historiques est en relation directe avec le message religieux. Et pourtant... Les recherches archéologiques dans la ville de Jéricho, par exemple, ont fourni bien peu de données matérielles corroborant le récit biblique de la chute de ses murs (livre de Josué). Il est vain de penser que l'exactitude fondamentale correspond à la condition de possibilité d'un sens religieux. Il faut donc cesser d'imposer notre lecture historicisante aux textes de la Bible, mais plutôt les recevoir dans leur perspective propre: des textes qui sont le reflet d'un patrimoine vivant d'un peuple d'un passé éloigné, des textes qui sont le témoignage de sa foi. Ils s'inscrivent, bien entendu, dans la suite des événements mouvementés qui couvrent les conquêtes assyriennes jusqu'à la perte de l'indépendance nationale sous l'égide de la Perse. Pour nous croyants, c'est le témoignage religieux qui importe, davantage que les faits historiques que nous avons tendance à appréhender avec notre culture moderne.


dimanche 22 avril 2012

Parcourir la Bible !

Comme indiqué dans le titre de ce blogue, nous avons l'intention, au fil des jours, de nous adonner à la lecture de la Bible et de partager nos commentaires, impressions ou interrogations avec quiconque se montrerait intéressé par le sujet. .


Ce projet répond principalement à une quête personnelle. Il est vrai que l'on trouve sur le net plusieurs calendriers de lecture pour passer au travers de la Bible. Ces grilles de lecture s'appuient essentiellement sur le canon de l'Église protestante, ce qui signifie que plusieurs Livres du canon latin y sont absents. Cela n'a rien de surprenant tant est-il que les protestants ont toujours prêté une attention toute particulière à l'étude de la Bible. Cette impulsion semble avoir fait défaut chez les catholiques durant de nombreuses années (le texte et son interprétation étant souvent réservés aux membres du clergé) et ce n'est que bien tardivement, soit lors du concile Vatican II, que l'Église semble avoir reconnu cette importante lacune. Comme bien des chrétiens, baptisé au sein de l'Église catholique, nous devons admettre ne pas avoir lu tous les livres de la Bible. Un sondage récent démontre que seuls 3% des Français l"ont lue intégralement. Combien de canadiens-français se sont prêtés à cet exercice? Le temps est donc venu d'y remédier et de nous y atteler. Pour ce faire, nous adopterons une lecture chronologique des livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments, fragmentant l'ensemble des livres, pour en faciliter leur compréhension. Et si nous cultivons une attente en lien avec ce projet, c'est tout simplement, au gré de notre compréhension des textes et de nos méditations personnelles, le désir de nous laisser  modeler par l'Esprit de Sagesse et de Vie dont ils sont porteurs. 

Nous  précisons que ce projet n'a aucune prétention scientifique et que les opinions exprimées ici n'engagent que notre propre responsabilité. Nous demeurons ouverts à toute appréciation qui aura pour but de faire fructifier cette démarche. La Bible est un livre exigeant, tout comme notre relation à Dieu est exigeante. Cet ensemble de livres (le mot Bible vient du grec ta biblia, "les livres") ne peut-être lu comme n'importe quel livre. Nous devons avoir à l'esprit qu'il implique le récit d'une alliance qui engage le croyant dans une relation particulière entre Dieu  et les hommes.

Nous utiliserons dans nos lectures la Bible de Jérusalem (Édition du Cerf, 1998) . Les références et  les notes de cette édition, la qualité de la traduction, demeurent d'une rare qualité. 



Autre précision: dans cette démarche nous avons pensé utile et significatif de nous abstenir de toute publication le jour du dimanche. Le "repos de Dieu", tel que mentionné dans le récit de la création (Genèse 2,2-3), ne peut-il pas être le nôtre? Il sera, nous semble-t-il, fort apprécié.