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lundi 16 juillet 2012

Vengeance des fils de Jacob (Gn 34, 25-31)

Le troisième jour, à la suite de la circoncision des mâles Sichémites, les deux fils de Jacob, Siméon et Lévi (les frères de Dina), prennent chacun une épée et se dirigent, sans opposition, vers la ville afin de tuer tous les mâles encore souffrants. Ils assassinent Hamor et son fils Sichem, et libèrent Dina de leur maison. Ils parcourent ensuite la ville et pillent tout sur leur passage. Ils veulent ainsi venger le déshonneur subi par leur soeur Dina. Ils prennent possession du bétail, de tout ce qui se trouvait dans la ville et à la campagne. Ils font leurs les enfants, les femmes, et tout ce qu'ils trouvent dans les maisons.




Une fois le carnage complété, Jacob dit à ses fils qu'il ne pouvait approuver leur conduite. Il craint dorénavant les conséquences de cette vengeance. Les habitants du pays, les Cananéens et les Perizzites, s'en prendront certainement à lui et à ses proches. Ces derniers sont nettement supérieurs en nombre au clan de Jacob. Faisant fi de cet argument, les deux fils répondent à Jacob qu'ils ne pouvaient laisser leur soeur être traitée comme une prostituée.

De toute évidence, l'union entre la famille de Jacob et les Cananéens est mise en péril. Le texte soulève une question d'ordre moral. Un châtiment doit-il demeurer impuni? Dans quelle mesure la vengeance est-elle proportionnée au mal subi par Dina? Et comment vivre avec les conséquences d'une pareille vengeance?

lundi 9 juillet 2012

Pacte avec les Sichémites (Gn 34, 6 -24)

Hamor, le père de Sichem, se rend chez Jacob afin de lui parler. Lorsque les fils de Jacob rentrent des champs et apprennent ce qui est advenu à Dina, ils piquent une vive colère. Hamor précise que son fils s'est épris de Dina et demande à Jacob son autorisation pour qu'elle devienne l'épouse de son fils. Ce faisant, il lui propose un pacte matrimonial. Il suggère à Jacob de s'allier à son groupe, en favorisant les mariages de part et d'autre, afin de rester en bonne relation avec les Sichémites et pour que le pays leur soit plus ouvert. Il implore le pardon pour la conduite de son fils auprès de Dina et consent à offrir la somme d'argent qu'on lui demandera pour rétablir de bons rapports. Il tient à ce que Dina devienne l'épouse de Sichem.

Les fils de Jacob choisissent, non pas sans ruse, de donner cette réponse à Hamor : Dina a été déshonorée et il ne convient pas qu'elle devienne l'épouse d'un homme incirconcis. Le consentement ne sera possible que si tous les mâles du peuple cananéen se font circoncire. Il deviendra ensuite possible de considérer les mariages entre les membres des deux groupes. À cette seule condition, tous pourront demeurer ensemble et former un seul peuple.

Ces paroles plaisent à Hamor et à Sichem. Ce dernier n'hésite pas à se faire circoncire, car il tient à Dina et veut l'épouser. Hamor donne ensuite les instructions à tous les hommes de son groupe afin de respecter le pacte matrimonial. Les mariages entre les membres des deux groupes deviennent possibles et Jacob et les siens peuvent circuler librement dans le pays.


lundi 2 juillet 2012

Violence faite à Dina (Gn 34, 1-5)

Ce court récit est complexe, car il mêle une histoire de famille avec une histoire de clans. D'une part, nous apprenons que Sichem, ayant violé Dina, la demande en mariage. Il accepte pour cela la circoncision, mais il est tué traîtreusement par Siméon et Lévi ; d'autre part, le texte fait état d'une alliance matrimoniale générale proposée par Hamor (père de Sichem) aux fils de Jacob. Cette alliance est acceptée sous la condition de la circoncision et rompue par les fils de Jacob qui pillent la ville et massacrent les habitants. On présume que le texte s'appuie sur le souvenir historique d'une tentative vaine de certains groupes hébreux pour s'installer dans la région de Sichem à l'époque des patriarches.



Dina (la fille donnée à Jacob par Léa) sort pour aller voir les filles du pays. Sichem (le fils de Hamor le Hivvite), prince du pays, la voit et décide de l'enlever. Il couche avec elle et la viole. Mais il ne tarde pas à s'éprendre de Dina et, écoutant son coeur, il s'adresse à son père pour lui demander l'autorisation de prendre Dina pour femme.

Jacob apprend que Sichem a déshonoré sa fille. Au moment d'apprendre cette mauvaise nouvelle, il décide de garder le silence, car ses fils sont dans les champs avec son troupeau. Il préfère attendre leur retour.

dimanche 1 juillet 2012

Arrivée à Sichem (Gn 33, 18-20)

Le verset 18 est de tradition sacerdotale, alors que les versets 19 et 20 sont de tradition élohiste. Jacob poursuit sa route et arrive, sain et sauf, à Sichem, au pays de Canaan. Il choisit de camper devant la ville. Il fait ensuite l'acquisition (pour cent pièces d'argent) de la parcelle de terrain où il a dressé sa tente, auprès des fils de Hamor, le père de Sichem. Il érigea sur son terrain un autel qu'il nomme " El, Dieu d'Israël".

Ce court chapitre confirme le retour de Jacob dans son pays. Sichem, le coeur du pays, est effectivement le lieu historique du clan d'Israël.




Jacob se sépare d'Ésaü (Gn 33, 12-17)

Le récit est de tradition yahiste. Nous verrons que Jacob se méfie toujours de son frère et lui laisse prendre les devants. Mais loin de le suivre, il lui tourne le dos.

Ésaü suggère à son frère de lever le camp ensemble. Jacob lui répond que les enfants sont délicats et que le troupeau nécessite d'être abreuvé. Pour ces raisons, il préfère que son frère prenne les devants et s'engage à le suivre tranquillement avec tous ses biens jusqu'à la maison d'Ésaü, à Séir. Ésaü propose de laisser alors une partie des hommes qui l'accompagnent avec lui. Jacob réagit aussitôt et demande pourquoi son frère ferait cela. Il ajoute qu'il veut seulement trouver grâce à ses yeux et qu'il n'a pas besoin de ces hommes.



Ce jour-là, Ésaü reprend la route vers Séir. Mais Jacob, contrairement à ce qu'il avait annoncé, prend la route de Sukkor. Une fois arrivé à cet endroit, il y construit une maison et des huttes pour son bétail. Pour cette raison, on donne à cet endroit le nom de Sukkot (qui signifie"hutte de branchages" et qui pourrait se situer à Tell Akhsas, dans la vallée du Jourdain).

De toute évidence, la réconciliation reste fragile. En fait, l'antagonisme entre les descendants de Jacob et ceux d'Ésaü (Édomites) perdurera, "comme il perdure au coeur de tout homme".

La rencontre avec Ésaü (Gn 33, 1-11)

L'attribution de ce récit est particulièrement difficile. Jacob voit Ésaü arrivant avec quatre cents hommes. Il s'empresse de répartir les enfants entre Léa et Rachel (ses deux épouses) et ses servantes. Il met en tête les servantes et les enfants, plus loin Léa et ses enfants, et toujours plus loin Rachel et ses enfants. Il passe devant eux et se prosterne sept fois au sol avant de rencontrer son frère.

Ésaü, courant à sa rencontre, le prend dans ses bras, se jette à son cou et l'embrasse. Et, levant les yeux,  voyant le groupe des femmes et des enfants, il demande à son frère leur identité. Jacob répond : "Ce sont les enfants dont Dieu a gratifié ton serviteur" (verset 5). À ce moment, les servantes se rapprochent, avec les enfants, et se prosternent devant Ésaü. Le groupe de Léa et de Rachel fait de même.



Ésaü demande ensuite ce que Jacob entend faire de tout ce camp qu'il a rencontré sur son chemin. Jacob lui répond que c'est pour trouver grâce à ses yeux qu'il avait envoyé tous ces biens en cadeau. Ésaü précise qu'il a déjà tout ce qu'il lui faut et demande à son frère de garder ses biens. Mais Jacob insiste : s'il trouve grâce aux yeux de son frère, il suggère de lui offrir en personne une part de ses biens. Il précise qu'il a affronté sa présence comme on affronte celle de Dieu (rappel de l'épisode de Penuel), et qu'il est maintenant bien reçu. Il insiste pour lui offrir son présent, car, souligne-t-il, Dieu l'a favorisé et qu'il possède tout ce qu'il lui faut. Sur cela, Ésaü accepte. La réconciliation est manifeste.

vendredi 29 juin 2012

La lutte de Jacob avec Dieu (Gn 32, 23-33)

Ce récit mystérieux est probablement de tradition yahviste. Jacob se lève durant la nuit et décide de passer le gué du Yabboq (aujourd'hui le Nahr ez-Zerqa) avec ses deux femmes, ses onze enfants, et tout ce qu'il possède. Ensuite, le soir, Jacob reste seul sur la rive.


C'est alors que quelqu'un lutte avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Il s'agit d'une lutte physique (un corps à corps) avec un agresseur inconnu qui refuse de se nommer (associé parfois à un ange, du moins à un être surnaturel). Voyant qu'il ne le maîtrise pas, l'agresseur frappe la hanche de Jacob qui se démet. Il lui dit: "Lâche-moi, car l'aurore est levée" (verset 27). Mais Jacob ne veut pas cesser la lutte tant qu'il n'obtiendra pas sa bénédiction. L'inconnu lui demande : "Quel est ton nom" et apprend qu'il s'appelle Jacob. Il lui dit alors : "On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l'as emporté". Le mot Israël signifiait probablement "que Dieu se montre fort" mais ici il prend un sens différent : "il a été fort contre Dieu". Jacob demande ensuite à connaître le nom de son agresseur. Ce dernier lui répond : "Pourquoi demandes-tu à connaître mon nom?" (verset 30), et là il le bénit. Jacob a voulu  maîtriser l'inconnu en le nommant. Mais c'est lui qui sort renommé de cet affrontement, béni et renouvelé.

Jacob donne à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-til, il a vu Dieu face à face et il a eu la vie sauve. Effectivement, pour la première fois dans la bible, on trouve ici l'idée que l'on peut voir Dieu sans mourir. Cela demeure cependant un privilège spécial pour Jacob.

Au lever du soleil, Jacob passe Penuel en boitant de la hanche. Le texte précise que c'est la raison pour laquelle les israélites ne mangent pas le nerf sciatique qui se trouve à l'emboîture de la hanche parce que c'est à ce même endroit que Dieu avait frappé Jacob. Il s'agit ici d'une vieille tradition alimentaire dont on ne trouve aucune autre mention dans la bible.

Ce récit est construit à partir d'une vieille histoire. En effet, dans les mythes, entrer dans un territoire nouveau, c'est affronter le Dieu de la frontière (ici celui du fleuve). Mais le récit acquiert un sens nouveau : il permet d'expliquer le nom de Penuel par Peni'el (face à Dieu) et, conséquemment, de donner une origine au nom d'Israël. Le mot Israël est chargé d'un sens religieux. Jacob s'accroche à Dieu, ne le lâche pas, force sa bénédiction, ce qui obligera Dieu vis-à-vis de tous ceux qui porteront le nom d'Israël.

L'origine du nom Israël n'en reste pas moins confuse. L'explication populaire ("combattant avec Dieu) ne correspond pas pleinement à la forme grammaticale. En dehors de l'Ancien Testament, on trouve une mention épigraphique du nom sur une stèle du pharaon Mérenptah, dans le temple funéraire de Thèbes (datée de 1219 av. J.-C.). On pense que ce nom est apparu avec la sédentarisation des premières tribus hébraïques au pays de Canaan

Pour Saint-Jérôme, père de l'Église et traducteur de la bible, ce récit du combat entre Jacob et Dieu est l'image du combat spirituel et de l'efficacité de la prière instante.


dimanche 24 juin 2012

Jacob s'approchant d'Ésaü (Gn 32, 4-22)

Jacob se rapproche du territoire où s'est établi Ésaü. Le texte présente ce récit suivant la tradition yahviste (vv. 4-14a) et la tradition élohiste (vv.14b-22). Les deux versions concordent pour souligner l'attitude humble de Jacob envers Ésaü.

Jacob prend des précautions lorsqu'il parvient près du lieu où réside son frère Ésaü, à la manière de toute caravane qui pénètre sur un territoire hostile.  Il envoie d'abord des messagers pour aviser son frère de son arrivée au pays de Séir. Ceux-ci doivent aussi mentionner qu'il a fait fortune suite à son long séjour chez Laban et qu'il revient rempli de bonnes intentions envers son frère.



Au retour des messagers, Jacob apprend que son frère vient à sa rencontre. Il est accompagné cependant de quatre cents hommes. Le message surprend et effraie Jacob. Il donne aussitôt l'instruction de diviser en deux camps les personnes, le bétail, et tout ce qui compose la caravane. Si Ésaü doit frapper avec ses hommes, l'un des deux camps sera épargné et pourra se sauver. Jacob s'adresse ensuite à Yahvé (le Dieu de Béthel) et, sous la forme d'une prière, l'implore de venir à son secours afin d'épargner les siens. Jacob se montre ici tout particulièrement humble. Il passe la nuit à cet endroit.

Le lendemain, Jacob prend soin de préparer un présent pour son frère. Il rassemble un nombre important d'animaux à cet effet. Il confie chaque troupeau d'animaux à ses serviteurs et leur ordonne de passer devant lui tout en gardant une distance entre chaque troupeau. Il précise au premier serviteur, celui qui se trouve à la tête du convoi, qu'il devra mentionner à son frère que ses bêtes appartiennent à Jacob et qu'il lui en fait cadeau. Il donne la même instruction à tous les autres serviteurs. Jacob, en personne avisée, espère amadouer Ésaü par cet élan de générosité. La nuit venue, Jacob demeure dans son camp.

mercredi 20 juin 2012

Traité entre Jacob et Laban (Gn 31, 43 - 32, 3)

Le récit est composé de deux sources (élohiste et yahviste) amalgamées. À la suite de la rencontre entre Jacob et Laban, on convient de faire un traité afin de rester dans de bonnes dispositions l'un envers l'autre. Pour ce faire, Jacob prend une pierre et la dresse comme une stèle. Il demande à ses hommes de ramasser des pierres avec d'en constituer un monceau. Laban nomme ce monceau Yegar Sahadûta et Jabo lui donne le nom de Galeéd (Yegar Sahadûta est en araméen la traduction exacte de Gal'ed qui signifie "monceau du témoignage"). Tous deux mangent sur ce monceau.




Laban précise que ce monceau de pierres, nommé Galeéd et Miçpa (le texte mélange deux sources), devient le gage du pacte politique fixé entre eux (c'est-à-dire entre Aram et Israël). Le monceau et la stèle deviennent en quelque sorte la frontière que les deux hommes s'engagent à respecter. Ce monceau de pierres fixe également l'accord entre les deux hommes eu égard aux filles de Laban. En effet, Jacob s'engage à ne pas prendre d'autres femmes. En cet amas de pierres, Dieu devient témoin de ce traité. Les deux hommes prêtent finalement serment. Jacob prépare ensuite un sacrifice et invite tous ses frères au repas. Tous passent la nuit sur la montagne.

Le lendemain matin, Laban embrasse ses filles et ses petits-enfants. Il leur donne sa bénédiction et reprend le chemin du retour. Jacob prend la route inverse et, sur le chemin, rencontre des anges qui l'affrontent. En les voyant, Jacob dit : "C'est le camp de Dieu!" et nomme ce lieu "Mahanayim". Ce nom signifie "les deux camps", faisant référence au présent épisode.

Si le traité permet aux deux hommes de régler les relations de famille et les droits de pâture en Transjordanie, force est d'admettre que la fin du récit souligne les problèmes intérieurs qui habitent encore Jacob.


mardi 19 juin 2012

Laban poursuit Jacob (Gn 31, 22-42)

Le récit est toujours de tradition élohiste. Laban est informé du départ de Jacob trois jours plus tard. Il décide, en compagnie de ses frères, d'aller à sa poursuite. Pour cela, il voyage durant sept jours et finit par le rattraper au mont Galaad. Durant la nuit, Dieu avise Laban de ne rien dire contre Jabob. Les deux hommes se rejoignent, chacun ayant planté sa tente dans la montagne.



Le dialogue commence entre les deux hommes. Laban veut savoir pourquoi Jacob l'a traité de manière frauduleuse et connaître la raison pour laquelle ses filles sont prises en otage. Pourquoi son départ s'est-il fait de manière secrète et précipité? Laban fait valoir qu'il pourrait, par son autorité, s'en prendre à sa personne ; mais, ayant été avisé par Dieu, il consent à ne rien faire. Il ne comprend pas aussi pourquoi Jacob a volé ses dieux domestiques (ses idoles).

La réponse de Jacob est toute simple et très humaine. Il allègue que la peur a été plus forte que lui. Il redoutait que Laban ne lui retire ses femmes. Quant à ses idoles, Jacob consent à les lui remettre, car il ignore qui a pu les voler. Il va même jusqu'à dire que le voleur mérite la mort. Il ne sait pas que Rachel est la personne qui a pris les objets sacrés de son père au moment de leur départ.



Laban cherche dans toutes les tentes en vue de retrouver ses idoles. Pendant ce temps, Rachel prend soin de dissimuler les objets dans le palanquin du chameau. Elle s'assoit dessus. Lorsque son père lui fait face, elle s'excuse de ne pas pouvoir se lever, car elle dit être incommodée comme le sont parfois les femmes. Laban a beau chercher, il ne trouve pas ses idoles.

Jacob se met ensuite en colère et demande à Laban la raison de son acharnement contre lui. Il lui rappelle toutes ses années de loyaux services et tous les bénéfices qu'il a réalisés par son intermédiaire. S'il n'avait pas été protégé par Dieu, il sait bien qu'il aurait fini par être renvoyé. Et Jacob lui rappelle que Dieu, qui a déjà avisé Laban, en a décidé autrement.

samedi 16 juin 2012

Fuite de Jacob (Gn 31, 1-21)

Ce récit est fondamentalement de tradition élohiste avec une addition, au verset 18, de tradition sacerdotale. Jacob finit par apprendre que les fils de Laban se plaignent de sa richesse acquise au détriment de leur père. Il constate d'ailleurs que Laban a changé d'attitude envers lui. Yahvé intervient et demande à Jacob de quitter cette terre pour rentrer chez lui, dans sa patrie, tout en l'assurant de sa protection. Jacob retrouve ses femmes, Léa et Rachel, dans les champs pour leur annoncer ce départ. Il affirme que Dieu est avec lui ( cela malgré ses moyens déloyaux pour s'enrichir) et que ce départ est bel et bien la volonté divine. En fait, ce nouveau projet s'inscrit dans la suite du contrat passé à Béthel. Les deux femmes, qui considèrent avoir été exploitées par leur père, et sachant qu'elles ont perdu tous leurs biens, consentent à partir avec Jacob.



C'est ainsi que Jacob, ses femmes, ses serviteurs, ses troupeaux, et tous ses biens quittent Paddaân-Aram pour se rendre chez son père Isaac, au pays de Canaan. Avant le départ. Rachel profite de l'absence de son père, qui se trouve dans les champs pour tondre ses bêtes, pour lui dérober ses idoles domestiques. Jacob n'a pas avisé Laban de son départ et tous partent en catimini. La famille passe l'Euphrate et se dirige vers le mont Galaad.

Comment Jaob s'enrichit (Gn 30, 25-43)

Cette histoire est ancienne et difficile à interpréter. Elle a probablement pris racine chez des semi-nomades. Après la naissance de Jacob, Isaac demande à Laban le droit de retourner dans son pays. Il précise qu'il veut partir avec ses femmes et ses enfants. Laban lui répond avoir compris, par le moyen d'un présage, que sa présence lui avait permis d'être béni par Dieu. Aussi, s'il doit partir, il lui offre de lui payer un salaire en guise de dédommagement. Mais Jacob ne veut pas être payé, il demande à travailler pour lui-même et partir pour son pays. Mais devant l'insistance de Laban, Jacob finit par suggérer ce marché : il prendra, dans son troupeau, les moutons noirs et les chèvres tachetés ou mouchetés (ces couleurs correspondent aux bêtes d'exception) et lui laissera toutes les autres variétés. Il reprendra la conduite de son troupeau tout en différenciant ce qui appartient à chacun. Laban accepte ce marché tout en croyant s'adonner à  une bonne affaire.


Jacob développe la ruse suivante : il prend des baguettes de peuplier, d'amandier, et de platane, et il les écorce de bandes blanches de manière à mettre à nu l'aubier qui se trouve sur les baguettes. Il place ces baguettes dans les auges et les abreuvoirs des bêtes. Celles-ci s'accouplent en venant boire, car les baguettes influencent la formation de l'embryon. Quant aux moutons, Jacob les fait regarder, au moment de l'accouplement, les chèvres noires du troupeau. Au moment de se livrer à ces opérations, Jacob a toujours le souci de sélectionner les bêtes les plus robustes, laissant à Laban les bêtes plus chétives et leur descendance. Par ce moyen, Jacob prend sa revanche sur Laban (après avoir été berné le soir de ses premières noces). Jacob parvient ainsi à s'enrichir en obtenant du bétail en quantité, des serviteurs, des servantes, des chameaux et des ânes.

jeudi 14 juin 2012

Les enfants de Jacob (Gn 29,31 - 30,24)

Ce récit cherche à démontrer comment les tribus d'Israël se rattachent à la lignée patriarcale par les douze enfants de Jacob.

Yahvé voit que Léa (la première femme de Jacob) souffre de ne pas être aimée de Jacob. Il la rend féconde alors que Rachel (la seconde femme de Jacob, sa préférée) demeure stérile. Léa enfante un premier garçon qu'elle prénomme Ruben. Elle pense que son mari pourra maintenant commencer à l'aimer. Elle conçoit et donne naissance à un second enfant qu'elle prénomme Siméon. Elle espère davantage recevoir l'amour de Jacob. Elle conçoit un troisième enfant qu'elle prénomme Lévi. Et un quatrième enfant qu'elle prénomme Juda, de manière à rendre gloire à Dieu.

Rachel, tourmentée à l'idée de ne pas avoir d'enfants, décide d'offrir à Jacob sa servante Bilha pour adopter ensuite l'enfant de cette union. Lorsque la servante donne naissance à un garçon, Rachel a le sentiment que Dieu lui a rendu justice. Elle nomme l'enfant Dan. La servante donne un second enfant que Rachel prénomme Nephtali. La rivalité entre les soeurs ne cesse pas pour autant.

Léa, voyant qu'elle ne peut plus avoir d'enfants, propose à Jacob de s'accoupler avec sa servante, Zilpa. Celle-ci lui donne un garçon qu'elle appelle Gad en signe de bonne fortune. La servante enfante un second garçon et Léa le prénomme Asher, certaine que toutes les femmes la féliciteront pour cet enfant.


Alors que Ruben sort dans les champs, il trouve des pommes d'amour (le fruit de mandragore présente des propriétés aphrodisiaques. Dans l'Antiquité, on pense que ce fruit favorise la fécondité) qu'il choisit de rapporter à sa mère Léa. Rachel qui découvre ces fruits en demande à Léa. Celle-ci s'irrite, car elle ne tolère pas d'être la moins aimée et trouve déplacé que sa soeur cherche en plus à prendre les fruits de son fils. Rachel, qui lui tient tête, lui propose le marché suivant : en échange des pommes d'amour, Léa pourra coucher avec Jacob le soir même. Les deux soeurs s'entendent et mettent à exécution le plan. Il résulte un nouvel enfant de cette nuit partagée entre Jacob et Léa. Il s'agit du cinquième garçon de Léa. Elle le prénomme Issachar. Léa conçoit ensuite un autre garçon et l'appelle Zabulon. Elle conçoit finalement une fille qu'elle prénomme Dina.

Dieu ne délaisse pas pour autant Rachel. Il l'exauce en lui permettant d'avoir un autre fils. Parce qu'elle considère que Dieu le lui a donné pour effacer sa honte, elle le prénomme Joseph.

Cette histoire a de quoi surprendre, mais, pour son auteur, elle doit absolument mettre en relation l'origine - bien que fictive - des douze tribus d'Israël avec les douze enfants de Jacob. L'attribution des enfants à chacune des mères permet de situer les tribus les unes par rapport aux autres. Joseph, dont la tradition associe la naissance aux pommes d'amour, se détache de tous ses frères.


mardi 12 juin 2012

Les deux mariages de Jacob (Gn 29, 15-30)

Ce récit fait suite au précédent tout en conservant son origine dans la tradition Yahviste. Laban s'adresse à Jacob afin de connaître le salaire qu'il devra lui donner puisqu'il est un membre de sa famille. Laban a deux filles : l'aînée se nomme Léa, et la cadette, Rachel. Jacob est amoureux de Rachel, aussi propose-t-il à Laban le marché suivant : il consent à demeurer chez lui durant sept années et de le servir en échange de Rachel. Laban lui répond : "Mieux vaut la donner à toi qu'à un étranger; reste chez moi" (verset 19).

 

Le texte précise que Jacob est tellement amoureux de Rachel que les sept années passent comme si quelques jours s'étaient écoulés. Au terme des sept années, Jacob demande à Laban la main de Rachel. Le maître organise un grand banquet et le soir venu, il se présente devant Jacob avec Léa à sa main. Chose étonnante, Jacob s'unit avec elle. Le lendemain matin, il réalise que Léa a remplacé Rachel et demande un explication à Laban. Pourquoi celui-ci l'a-t-il trompé? Le père répond qu'il n'est pas selon l'usage du pays de marier la cadette avant l'ainée. Il lui suggère de compléter la semaine de noces (la fête des noces dure sept jours) et de consentir à sept nouvelles années de service afin d'obtenir la main de Rachel. Jacob accepte le marché pour obtenir finalement la main de Rachel.

Bien que cette pratique du double mariage peut surprendre, elle était tolérée à cette époque. Il faut attendre l'interdiction du Lévitique (Lv 18,18) pour que la pratique soit proscrite.



Jacob arrive chez Laban (Gn 29, 1-14)

Le récit est essentiellement de tradition Yahviste. Jacob se met en route et croise un puits dans la campagne, près duquel sont couchés trois petits troupeaux de bétail. Ce puits permettait d'abreuver les animaux, et la pierre qui en fermait l'ouverture était de grande taille. Lorsque le bétail se trouvait au puits, on déplaçait la pierre pour abreuver les bêtes, et on remettait la pierre sur le puits une fois l'opération complétée.

Jacob s'adresse aux bergers pour connaître leur origine. Ils lui répondent qu'ils sont de Harân. Jacob leur demande s'ils connaissent Laban, le fils de Nahor. Les bergers acquiescent et lui donne de bonnes nouvelles à son sujet. Ils précisent que Rachel, sa fille, s'approche justement du puits. Jacob leur suggère d'abreuver les bêtes afin de retourner dans les prés puisqu'il fait grand jour. Les bergers rétorquent qu'ils ne le peuvent, car ils doivent attendre que toutes les bêtes soient rassemblées afin de dégager la pierre du puits une seule fois.




Durant cette conversation avec les bergers, Rachel parvient au puits avec ses bêtes. Dès que Jacob voit la bergère, la fille de son oncle Laban, et le troupeau de son oncle, il prend l'initiative de déplacer la pierre afin d'abreuver le troupeau. Il donne ensuite un baiser à Rachel et éclate en sanglots. Il révèle son identité et la bergère s'empresse d'aller à la rencontre de son père pour l'en informer. À cette nouvelle, Laban, rempli de joie, se précipite pour retrouver le fils de sa soeur. Il le serre dans ses bras, le couvre de baisers, et le conduit à sa maison. Jacob lui raconte alors toute son histoire (ses démêlés avec Ésaü). Laban conclut en disant: "Oui, tu es de mes os et de ma chair !" (verset 14). Jacob s'installe chez son oncle tout un mois durant.

Ce récit particulièrement pittoresque met en jeu l'importance de l'approvisionnement en eau et la réalité du fourrage. Dieu se manifeste au coeur de la vie des hommes. Dieu est à la fois protecteur et nourricier.



dimanche 10 juin 2012

Le songe de Jacob (Gn 28, 10-22)

Jacob quitte Bersabée pour se rendre à Harân. Sur le chemin, il s'arrête à la tombée de la nuit pour se reposer. Il prend une pierre pour appuyer sa tête et s'endort en ce lieu. Il a un songe : il perçoit une échelle dressée sur la terre dont le sommet touche le ciel, et sur laquelle des anges montent et descendent.


Yahvé, qui se tient devant lui, lui fait cette promesse: "Je suis Yahvé, le Dieu d'Abraham ton ancêtre et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donne à toi et à ta descendance. Ta descendance deviendra nombreuse comme la poussière du sol, tu déborderas à l'occident et à l'orient, au septentrion et au midi, et tous les clans de la terre se béniront par toi et par ta descendance. Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras et te ramènerai en ce pays, car je ne t'abandonnerai pas, que je n'aie accompli ce que je t'ai promis"(versets 13-15). 

A son réveil, Jacob réalise que Yahvé était en ce lieu sans qu'il le sache. Cette prise de conscience lui fait peur. Il se dit que ce lieu est redoutable, il n'est rien de moins qu'une "maison de Dieu" et la "porte du ciel". Jacob prend la pierre sur laquelle il avait posé sa tête et la dresse comme une stèle, tout en l'enduisant d'huile sur son sommet. A ce lieu, il donne le nom de Béthel (la ville se nommait auparavant Luz).

Jacob fait ensuite ce voeu : si Dieu est  vraiment avec lui, il s'attend à ce qu'Il pourvoie à ses besoins et lui permette de rentrer chez son père sans danger. Alors il pourra admettre que Yahvé est son Dieu et que la pierre dressée à Béthel sera la maison de Dieu. Il promet, pour tout ce qu'il recevra de Dieu, de lui payer fidèlement la dîme.

Ce texte mélange si étroitement les sources de tradition Yahviste et Élohiste qu'il est difficile des les différencier. L'échelle qui monte au ciel laisse place à un escalier qui n'est pas sans rappeler le symbole mésopotamien des ziggurât.



Le sanctuaire de Béthel est rehaussé par l'annonce de la promesse de Dieu à Jacob et la reconnaissance par celui-ci de son Dieu.  Plusieurs Pères de l"Église ont vu dans l'échelle de Jacob l'image de la Providence que Dieu exerce sur la terre par l'entremise de ses Anges. Pour d'autres, elle préfigure la venue du Messie en raison du lien établi entre le ciel et la terre


 


samedi 9 juin 2012

Autre mariage d'Ésaü (Gn 28, 6-9)

Le texte est de nouveau de source sacerdotale. Ésaü voit que son père a donné sa bénédiction à Jacob et lui a demandé de se rendre en Paddân-Aram  pour y prendre une femme. Il retient surtout que son père ne veut pas que Jacob prenne une femme parmi celles de Canaan. Il en déduit que celles-ci sont mal vues.

Fort de cette certitude, Ésaü se rend chez Ismaël pour prendre une femme, en plus de celle qu'il a déjà. Ésaü animé par la colère et la haine consent à ce mariage avec une femme hittite.

En fait, le départ de Jacob permet à Ésaü de prendre conscience du danger qu'il court lui-même en demeurant dans le monde cananéen. Le mariage avec cette femme hittite lui permet de reprendre sa place dans une certaine continuité d'Abraham.

Isaac renvoie Jacob chez Laban (Gn 27,46 - 28,5)

 Ce texte de tradition sacerdotale vient atténuer le véritable motif du départ de Jacob. En effet, l'auteur préfère donner une autre raison au départ de Jacob en Mésopotamie.



Rébecca se plaint à Isaac des filles de Hèt et redoute que son fils Jacob prenne l'une d'entre elles pour épouse. Sur ces mots, Isaac fait appel à Jabob pour le bénir et lui demande de ne pas prendre l'une de ces femmes de Canaan. Il lui ordonne de partir, de se rendre en Paddân-Aram, chez Bétuel (le père de sa mère), et de trouver là une épouse de son choix. Il le bénit en implorant Dieu de veiller sur lui, de faire fructifier sa descendance, et, à la suite d'Abraham, qu'il puisse séjourner dans le pays donné par Dieu. Sur ces paroles, Jacob prend congé de son père et se met en route pour la destination désignée.

Quoiqu'il en soit, ce départ constitue une fuite. Il permet cependant un retour au pays maternel, là où Jacob devra prendre femme. Cette nouvelle étape lui permettra de reprendre le bon chemin.

La bénédiction d"Isaac à Jacob (suite) (Gn 27,30-45)

Au moment où Isaac a complété sa bénédiction, Ésaü rentre de la chasse. Il prépare le repas avec le gibier qu'il vient de chasser et se présente devant son père pour le lui offrir. Isaac, non sans surprise, lui demande : "Qui es-tu?", ce à quoi son fils lui répond qu'il est Ésaü et qu'il veut recevoir sa bénédiction. Isaac réalise à ce moment qu'il a été abusé par son fils cadet et ne peut qu'en faire l'aveu. La bénédiction a déjà été donnée. Ésaü ressent une profonde colère et demande à son père de le bénir à son tour. Il n'est pas sans réaliser qu'il a été trompé à deux reprises par Jacob (pour le droit d'aînesse et cette fois pour la bénédiction). Isaac, non sans amertume, déclare à Ésaü qu'il a fait de Jacob, par sa bénédiction, son maître.  Il a reçu tous ses biens et tous ses serviteurs. Il ne peut qu'adresser ces paroles à Ésaü, faute de pouvoir revenir sur sa bénédiction :

"Les des gras terroirs
sera ta demeure,
loin de la rosée qui tombe du ciel.
Tu vivras de ton épée,
tu serviras ton frère.
Mais quand tu  t'affranchiras, tu secoueras son joug de dessus ton cou"(versets 39-40)



Ainsi Jacob a tout reçu et Ésaü est condamné à se soumettre à son frère. Il devra également vivre de son épée et de brigandage. Ésaü prend en haine Jacob et fomente le projet, une fois son père mort, de le tuer. Lorsque Rébecca est avisée de ce projet, elle s'empresse d'aviser Jacob et lui demande de fuir, le temps que son frère se calme. Elle lui propose d'aller chez son frère Laban, à Harân (Mésopotamie septentrionale).

mardi 5 juin 2012

La bénédiction d'Isaac à Jacob (Gn 27, 1-29)

Ce récit est principalement de tradition Yahviste, bien que nuancée dans sa rédaction définitive. L'histoire présente Isaac au moment où il est devenu vieux et aveugle. Celui-ci demande à son fils aîné Ésaü  d'aller chasser du gibier en vue de lui préparer l'un de ses plats favoris compte tenu de son grand âge et de sa mort prochaine. Il pourra ensuite lui donner sa bénédiction. Ésaü obéit à son père.

Pendant ce temps, Rébecca, qui a entendu  la conversation entre son mari et l'aîné, s'empresse d'aller tout répéter à son fils Jacob. Elle lui demande d'aller chercher deux chevreaux au troupeau afin de les préparer avant Ésaü. Elle lui suggère de se présenter devant Isaac en prétendant être Ésaü et obtenir ainsi la bénédiction convoitée.
Jacob, un peu méfiant, indique à sa mère que son frère est poilu contrairement à lui. Il redoute que son père devine la supercherie s'il devait prendre l'initiative de le toucher. Il deviendrait ainsi l'objet de sa malédiction. Sa mère - qui semble penser à tout - l'encourage de plus belle à exécuter son plan et lui ordonne d'aller chercher les chevreaux.

Rébecca s'occupe à cuisiner le ragoût pour son mari. Elle prend ensuite les plus beaux vêtements d'Ésaü et en revêt Jacob. Elle lui recouvre les bras et le cou de la fourrure des chevreaux. Elle lui remet le plat de gibier et l'invite à se rendre au chevet de son père.


Isaac reçoit le garçon et l'interroge immédiatement sur son identité.  Jacob prétend qu'il est Ésaü, son premier-né, et qu'il a fait tout ce qu'il lui avait demandé. De fait, il lui offre le repas de viande. Isaac, non pas sans suspicion, s'étonne qu'il ait pu chasser si rapidement le gibier. Ce dernier se justifie en évoquant l'aide de Yahvé. Isaac lui demande de se rapprocher afin de le toucher. Jacob obéit et son père réalise que ce sont bien les bras d'Ésaü. Cependant, il constate que la voix est celle de Jacob. Isaac consent ensuite à recevoir le plat de venaison qu'il affectionne, afin que son âme puisse bénir son fils. Isaac mange, boit, et demande à son fils de l'embrasser.Il reconnaît alors l'odeur d'Ésaü à ses vêtements. Isaac tient dès lors pour acquis qu'Ésaü est devant lui et consent à donner sa bénédiction.



Il va sans dire que cette bénédiction est très discutable sur le plan moral du fait qu'elle résulte d'une conspiration entre Rébecca et son fils préféré. Quoi qu'il en soit, la marche vers Dieu se poursuit au travers de cette ambiguïté humaine.

dimanche 3 juin 2012

Alliance avec Abimélek (Gn 26, 26-33)

Au moment de son installation à Gérar, Isaac reçoit la visite du roi Abimélek accompagné de son familier, Ahuzzat, et de son chef de l'armée, Pikol. Il leur demande la raison de cette visite puisqu'il sait fort bien, suite à son extradition, qu'il n'est pas le bienvenu. Abimélek lui répond qu'il est fort conscient que Yahvé est avec lui et qu'il souhaiterait faire un serment, voire même une alliance, entre eux afin de maintenir la paix dans son royaume. Il demande plus précisément à Isaac de prêter serment de ne lui faire aucun mal du fait qu'il s'est toujours soucié de le bien traiter et de le laisser partir en paix. Isaac prépare un festin pour agrémenter la visite du roi.



Le lendemain matin, de bonne heure, Isaac et Abimélek font un serment. Ils se séparent ensuite avec les meilleures intentions. Ce même jour, les serviteurs d'Isaac lui apportent une bonne nouvelle car ils ont trouvé de l'eau dans le puits qu'ils creusaient. Isaac nomme ce puits Sabée, qui donnera son nom à la ville Bersabée.

Cet épisode reprend celui d'Abraham qui avait conclu une alliance avec Abimélek. Isaac représente ici ce que doit être la relation de l'homme (béni de Dieu) à l'humanité dans laquelle il s'insère. L'eau, symbole de la vie, jaillit du puits après le repas d'alliance.

Les femmes hittites d'Ésaü (Gn 26,34-35)

Lorsque Esaü atteint l'âge de quarante ans, il prend pour femmes Yehudit, fille de Bééri le Hittite, et Basmat, fille d'Élôn, le Hittite. Ces femmes sont pour Isaac et Rébecca le sujet d'une profonde amertume. En fait, ces alliances avec des étrangers se révèlent de véritables compromissions.


samedi 2 juin 2012

Les puits entre Gérar et Bersabée (Gn 26, 15-25)

Tous les puits que les serviteurs d'Abraham avaient creusés ont été bouchés par les philistins. Le roi Abimélek demande à Isaac de quitter son pays, car il est devenu trop riche et trop puissant. Isaac obéit au roi et va installer son campement dans la vallée de Gérar.  Il restaure les puits que les serviteurs de son père  avaient creusés. Il leur donne les mêmes noms que du temps de son père. La Genèse attribue aux Patriarches le forage de nombreux puits.

Les serviteurs d'Isaac creusent dans la vallée et découvre un puits d'eaux vives. Une dispute éclate entre les bergers de Gérar et ceux d'Isaac au sujet de cette eau. Les premiers prétendent qu'elle leur appartient. Isaac nomme ce puits Éseq en raison de cette querelle. Il quitte l'endroit pour aller creuser un autre puits qu'il nomme Rehobo. Cette fois, aucune dispute s'ensuit. Il peut ainsi affirmer que Yahvé consent maintenant à leur donner le champ libre afin d'assurer leur postérité.

De là, Isaac se rend à Bersabée. Yahvé lui apparaît en pleine nuit:

"Je suis le Dieu de ton père Abraham,
Ne crains rien, car je suis avec toi.
Je te bénirai, je multiplierai ta postérité,
en considération de mon serviteur Abraham."

Ce verset 24 est éloquent quant à la nature de Dieu.  Il révèle que la religion des patriarches est essentiellement celle du "Dieu du père". C'est une religion propre à des nomades. Dieu n'est pas le maître d'un territoire. Il est plutôt celui qui s'est révélé à l'ancêtre du groupe qu'il protège et auquel il accorde les promesses d'une descendance et d'une terre.

Isaac construit un autel à Bersabée et invoque le nom de Yahvé. Il y dresse sa tente et ses serviteurs creusent un puits.

De toute évidence, l'eau, associée à la source de la vie, est un bien qu'il faut toujours reconquérir. Le texte illustre que le partage des biens reste continuellement un problème entre les hommes.










Isaac à Gérar (Gn 26, 1-14)

Le chapitre est principalement de tradition Yahviste, à l'exception des versets 34-35 qui appartiennent à la tradition sacerdotale. C'est l'un des rares textes qui s'intéresse presque exclusivement à l'action d'Isaac. Nous verrons qu'il reproduit assez fidèlement la propre histoire d'Abraham (Gn 12, 10-20). Le texte démontre que chaque génération se trouve à rencontrer les mêmes problèmes.

Une famine contraint Isaac à se rendre à Gérar chez le roi Abimélek (roi des Philistins). Yahvé lui apparaît et lui ordonne de rester dans le pays plutôt que de fuir en Égypte. Il l'assure de sa bénédiction et de sa protection, car il consent de nouveau à tenir la promesse qu'il a faite à son père. Il s'engage à rendre sa postérité "nombreuse comme les étoiles du ciel" (verset 4).


Les gens de la ville interrogent Isaac sur Rébecca. Celui-ci, de crainte que l'on s'éprenne de sa femme et que l'on cherche à le tuer, répond qu'il s'agit de sa soeur. Il se trouve dans le pays depuis un certain temps lorsque Abimélek, qui l'épie de sa fenêtre, le surprend en train de toucher Rébecca. Il le fait venir et lui demande d'éclaircir cette ambiguïté au sujet de sa soeur. Isaac révèle la vérité et donne les justifications de son geste. Le roi est fâché, car si l'un des hommes du pays s'était épris de Rébecca, il aurait été chargé de cette faute grave (Rébecca étant en vérité une femme mariée). En raison de cela, le roi ordonne que personne ne touche à Isaac et à sa femme sous risque de la peine de mort.

Isaac travaille aux champs et fait des semailles. Il moissonne, cette année-là, le centuple de sa récolte. Yahvé le bénit et Isaac devient riche. Cette richesse se compose de petits et gros bétails, et de nombreux serviteurs. Les philistins le jalousent.


mercredi 30 mai 2012

Naissance d'Ésaü et de Jacob (Gn 25, 19-28)

Cycle d'Isaac et de Jacob

Après le cycle d'Abraham, le cycle d'Isaac tient très peu de place dans le récit biblique. L'attention sera toute portée sur Jacob, le futur Israël, père de "douze fils", eux-mêmes ancêtres éponymes de "douze tribus" (douze étant le nombre de la "totalité").

Les prochains versets relatent l'histoire d'Isaac, fils d'Abraham. Comme nous l'avons vu précédemment, Isaac, âgé de quarante ans, épouse Rébecca, fille de Bétuel (l'Araméen de Paddän-Aram) et soeur de Laban (l'Araméen).  Isaac implore Yahvé, car Rébecca est stérile. De fait, Yahvé exauce Isaac et Rébecca devient enceinte. Bien que doublement bénie (puisque Rébecca va porter deux enfants en elle), elle s'inquiète de sa grossesse car les enfants semblent se "heurter" en elle. Rébecca consulte Yahvé (probablement en se rendant en un lieu sacré où Yahvé se manifeste) afin d'apaiser ses craintes. Yahvé lui répond :

" Il y a deux nations en ton sein,
deux peuples, issus de toi, se sépareront,
un peuple dominera un peuple,
l'aîné servira le cadet" (verset 23)

Cette lutte des enfants dans le sein maternel est prémonitoire. Elle annonce l'hostilité des deux peuples frères : les Édomites descendants d'Ésaü et les Israélites descendants de Jacob.

Lors de l'accouchement, Rébecca donne effectivement naissance à des jumeaux.  Le premier garçon est roux et présente une pilosité fort développée. On lui donne le nom d'Esaü (le mot hébreu 'admônî signifie "roux"). Le second garçon sort en tenant le talon d'Esaü, on l'appelle Jacob (Ya'aqob en hébreu signifie, selon la forme verbale du verbe 'âqab, "talonner", "supplanter"). Isaac est alors âgé de soixante ans.

Les  deux enfants ennemis grandissent et semblent prendre des voies opposées. Ésaü devient un chasseur émérite, doté de capacités physiques et sportives. Il incarne "l'impulsivité instinctive". Jacob est plutôt un homme tranquille qui préfère demeurer sous les tentes. Il incarne le type réféchi, capable de ruse. Isaac ne cache pas sa préférence pour Ésaü car il apprécie le gibier, Rébecca préfère l'esprit de Jacob.



Avec cet épisode, le texte de la Genèse cherche manifestement à expliquer l'origine du conflit entre les deux peuples et fixer, d'entrée de jeu, les rôles respectifs du vainqueur et du vaincu.

Esaü cède son droit d'aînesse (Gn 25, 29-34)



Un jour où Esaü revient de la campagne épuisé, Jacob est en train de préparer un potage. Esaü demande à son frère de lui offrir de son plat de couleur rousse (d'où le nom d'Edom qui lui sera attribué. Il s'agit d'un autre jeu de mots sur la couleur rousse).  Jacob, qui semble particulièrement rusé, lui répond : "Vends-moi d'abord ton droit d'aînesse" (verset 31). Il ajoute: "Prête-moi d'abord serment" (verset 32). Esaü, peut-être sans trop réfléchir, s'exécute. Jacob lui offre en retour du pain et du potage de lentilles. Esaü prend congé de son frère après avoir tout mangé.

Ce jour-là, Esaü a méprisé son droit d'aînesse en se laissant aller à ses désirs immédiats. Précisons que la situation n'est pas connue d'Isaac qui compte bien, le moment venu, accorder sa bénédiction - et transmettre l'alliance divine - à l'aîné qui est, de surcroît, son fils préféré.




mardi 29 mai 2012

La descendance d'Ismaël (Gn 25, 12-18)

Le dernier chapitre du cycle d'Abraham présente la descendance d'Ismaël.  Le texte nous rappelle qu'Ismaël est le fils d'Abraham et d'Agar (la servante égyptienne). Les noms de ses fils sont : Nebayot, Qédar, Adbéel, Mibsam, Misham, Duma, Massa, Hadad, Téma, Yetur, Naphish,et Qédma. Ces descendants constituent les tribus de l'Arabie du Nord. Cette généalogie sert le même but que la précédente (celle de Qetura) : elle cherche à créer un lien de sang entre tous les groupes humains.
Ismaël meurt à l'âge de cent trente-sept ans. Il a séjourné de Havila jusqu'à Shur (situé à l'est de l'Égypte, en allant vers l'Assyrie). Il s'était "établi à la face de tous ses frères" (verset 18), conclut le texte.








lundi 28 mai 2012

La mort d'Abraham (Gn 25, 7-11)

Le récit commence d'emblée avec la durée de vie d'Abraham : cent soixante-quinze ans. Le verset huit précise qu'Abraham meurt "dans une vieillesse heureuse, âgé et rassasié de jours", entouré de ses proches. Ses fils, Isaac et Ismaël, l'enterrent dans la grotte de Makpéla (Hébron), là où repose Sara. Après la mort d'Abraham, Dieu bénit Isaac qui s'installe près du puits de "Lahaï Roi" (que l'on peut traduire par "Au vivant qui me voit").





Ainsi se termine la vie d'Abraham. Le texte souligne l'accomplissement de sa vie. À partir d'une vie d'errance, parsemée de doutes et d'espoirs, la mort d'Abraham perd tout caractère de punition. L'histoire du retour vers Dieu devient maintenant une réalité.

La descendance de Qetura (Gn 25,1-6)

Ce paragraphe, qui s'apparente à la tradition sacerdotale, est une addition au cycle d'Abraham. Il souligne la promesse faite à Abraham selon laquelle il deviendra le Père d'une multitude de nations. La généalogie qui suit cherche à établir un lien de sang, et parfois de destin, entre tous les groupes humains de la région.




Abraham prend une concubine nommée Qetura. Elle lui donne plusieurs enfants : Zimrân, Yoqshân, Medân, Madiân, Yishbaq, et Shuah. Yoqshân engendre Sheba et Dedân, et les fils de Dedân sont les Ashshurites, les Letushim et les Léummim. Quant à Madiân, il a pour fils : Épha, Épher, Hanok, Abida, Eldaa. Tous ces enfants sont fils de Qetura. Nous comprenons que les peuples d'Arabie descendent de Qetura : les Madianites (Madiân), les Sabéens (Sheba), les Dédanites (Dedân).




Le texte précise ensuite qu'Abraham fait don de tous ses biens à Isaac. Les enfants de sa concubine reçoivent des présents et il les envoie loin de son fils Isaac, à l'Est, au pays d'Orient. Abraham écarte ainsi les fils de sa concubine provisoirement de l'héritage. Ils seront appelés plus tard à jouer un rôle en lien avec la promesse divine (Psaume 72, 10).



samedi 26 mai 2012

Mariage d'Isaac (Gn 24, 1 -67)

Il s'agit du dernier texte sur Abraham. Il appartient à la tradition Yahviste, bien que fort retravaillé.

Alors qu'Abraham atteint un âge fort avancé, et sachant que sa mort est toute proche, la question de la descendance le tracasse. Il devient urgent de trouver une femme pour son fils Isaac. Celui-ci est alors âgé d'une quarantaine d'années et n'a pas connu d'autre état que le célibat. Abraham a son idée bien précise sur la future épouse : il ne veut pas d'une Cananéenne (peuple de lignée impure) mais plutôt une femme issue de son ancienne patrie mésopotamienne.

Pour ce faire, Abraham appelle l'un de ses serviteurs (ce serviteur anonyme est associé par la tradition avec Éliézér) pour lui confier la tâche de trouver une femme pour son fils. Il exige du serviteur un serment solennel : "Mets ta main sous ma cuisse, pour que je te fasse jurer par Yahvé (...)" (verset 2). L'expression désigne bien les organes génitaux, et faisant de la sorte, le serment prend à témoin les sources mêmes de la vie. Le serviteur consent à jurer.

Le serviteur veut mener à bien la mission mais il s'inquiète de la possibilité que la femme ne veuille pas quitter son pays. Il pense qu'il serait plus utile d'amener Isaac avec lui. Abraham rejette la proposition et explique qu'un Ange l'accompagnera jusqu'au pays où se trouvera la future femme.




Le serviteur se met en route avec dix chameaux et de riches présents. Une fois arrivé à Harran, il installe son campement près des portes de la ville, près d'un point d'eau. Au moment où le soir tombe, et sachant selon l'usage que les femmes viennent chercher de l'eau du puits, Éliézér demande à Yahvé un indice pour identifier la femme qui pourrait convenir à Isaac. L'indice consiste à repérer la femme qui consentira à lui donner un peu d'eau, mais qui aura aussi la courtoisie d'abreuver ses chameaux.


Cette prière terminée, une femme se présente avec une cruche à l'épaule. Il s'agit de Rébecca, fille de Bétuel, fils de Milka, la femme de Nahor qui est le frère d'Abraham. Cette fille est très belle, et malgré sa grande beauté, elle est toujours vierge. Elle s'approche du puits et remplit sa cruche. Au moment de remonter à la ville, Éliézér s'empresse d'aller à sa rencontre pour lui demander de l'eau. Elle lui en offre aussîtôt et prend l'initiative de retourner au puits pour puiser de l'eau pour les chameaux. Le serviteur se demande s'il est bien en présence de cette femme promise à Isaac.

Le texte illustre ici le retour à la source, plus précisément le retour à la femme, qui, dans la patrie d'origine, se trouve proche du puits. Celle qui accueille, donne l'eau, et redonne vie à l'errant.

Une fois que les chameaux sont abreuvés, Éliézér prend un anneau et deux lourds bracelets en or pour les lui offrir. Il lui demande : "De qui es-tu la fille?", et réclame une place chez son père pour passer la nuit. Après avoir décliné son identité, elle répond qu'il y a chez son père tout le nécessaire pour l'accueillir à son aise. Alors le serviteur se prosterne et rend grâce à Yahvé. Il le remercie de l'avoir guidé jusque chez le frère de son maître.

La jeune femme court chez sa mère pour annoncer cette rencontre. Le frère de Rébecca, Laban, qui voit les bijoux en or, s'empresse de sortir pour aller à la rencontre du serviteur. Il lui demande de bien vouloir le suivre, car sa maison lui est ouverte.

Le repas est prêt et le serviteur demande à parler avant de manger. Laban l'y invite. Éliézér est impatient de s'acquitter de sa mission. Il annonce qu'il est le serviteur et l'envoyé d'Abraham. Il souligne que son maître est fort riche et avancé en âge. Abraham lui a demandé de trouver une femme pour son fils Isaac dans le pays où il est parti. Éliézér raconte ensuite l'indice demandé à Yahvé pour reconnaître la femme promise. Il demande finalement s'il peut emmener Rébecca comme fiancée à Isaac.



Béthuël et Lathan, fort impressionnés par le récit d'Éliézér, agréent à la demande parce qu'ils y voient la volonté de Yahvé. Le serviteur se prosterne de nouveau et rend grâce à Yahvé. Il offre d'autres bijoux et de somptueux vêtements à Rébecca,  et de riches cadeaux à ses parents. La fête commence.

Éliézér désire partir dès le lendemain pour rentrer auprès de son maître. Il en avise la famille qui, moins pressée que le serviteur, exige un délai de dix jours avant de se séparer de Rébecca. Comme Éliézér se fait toujours pressant, la famille finit par demander à Rébecca son opinion. Sa réponse est sans hésitation : elle veut partir sur-le-champ.

Rébecca est la femme qui sait accueillir, c'est également celle qui consent à partir. Elle accepte elle-même de se rendre, dans la confiance, vers son futur époux.

Ainsi, le lendemain, la caravane quitte Harran et prend le chemin du pays de Canaan, avec Éliézér à la tête, suivie de Rébecca et de ses servantes.



Au moment d'arriver chez Abraham, Isaac aperçoit au loin les premiers chameaux de la caravane. Il se rend à la rencontre des premiers arrivants. Au même instant, Rébecca, qui descend de sa monture, demande auprès d'Éliézér à connaître l'identité de ce jeune homme. Il lui annonce que c'est son futur mari. Elle prend soin aussitôt de se couvrir du voile propre au statut de promise.



La joie est grande chez Abraham qui décide de hâter les préparatifs du mariage. Une fois marié, Isaac se dit heureux et consolé, par la même occasion, de la perte de sa mère.








jeudi 24 mai 2012

La tombe des Patriarches (Gn 23, 1-20)

Ce récit de tradition sacerdotale relate la mort de Sara et la nécessité, pour Abraham, d'acquérir un terrain pour l'ensevelissement du corps. Les deux premiers versets soulignent la durée de vie de Sara : cent vingt-sept ans et sa mort à Qiryat-Arba (Hébron), au pays de Canaan. Comme les commentateurs l'ont noté au cours de siècles, Sara est la seule femme dans la Bible dont l’âge a été révélé.

Peu de mots sur la souffrance ou la douleur d'Abraham. Le texte dit brièvement qu'il entre en deuil et pleure Sara.


Les versets trois à six mettent l'accent sur l'acquisition du terrain. Abraham s'adresse aux fils de Hèt pour obtenir un droit de propriété, malgré le fait qu'il n'est qu'un étranger et un résident sur cette terre de Canaan. La réponse des propriétaires est plus que généreuse: 

"Tu es un Prince de Dieu parmi nous : enterre ton mort dans la meilleure de nos tombes." (verset 6)

Les versets sept à onze précisent le choix du terrain. Abraham demande la grotte de Makpéla qui appartient à Éphrôn, fils de Çohar, comme titre de résidence mortuaire. Il est prêt à régler la pleine valeur du terrain. Éphrôn, qui se trouve parmi les fils de Hèt, répond immédiatement à Abraham. Il consent à lui remettre gracieusement ce terrain pour la sépulture de Sara.



Les versets douze à dix-huit concernent l'achat du terrain. Bien que Éphrôn consent à donner sans frais le terrain à Abraham, celui-ci insiste pour le dédomager. À la fin d'un marchandage typiquement oriental, Abraham accepte de prendre possession gratuitement du champ et de la grotte, situés près de Mambré.

Les deux derniers versets confirment l'enterrement de Sara dans cette nouvelle propriété. L'intérêt de ce texte, en dehors de la disparition de Sara, réside dans la prise de possession du terrain par Abraham, signe que la promesse de la Terre commence à se réaliser.








La descendance de Nahor (Gn 22, 20-24)

Cette liste des fils de Nahor (frère d'Abraham) est probablement de tradition yahviste. Il s'agit peut-être des ancêtres des Araméens, mais quelques imprécisions ne permettent pas de l'affirmer sans fautes. Nous apprenons que Milka, la femme de Nahor, a donné naissance à un garçon nommé Uç, suivi de son frère, Buz. Le frère d'Abraham a huit enfants (dont l'un des garçons, Bétuel, donne naissance à Rébecca) avec sa femme Milka ; il a quatre enfants avec sa concubine Réuma.


La mention de cette branche de la famille du frère d'Abraham permet d'introduire le personnage de Rebecca, la future épouse d'Isaac.





La descendance
Pour nombreux peuples anciens, le principal souci d'un homme est d'avoir des enfants afin de leur transmettre son héritage. C'est la raison pour laquelle on trouve si souvent dans la Bible des récits qui relatent les naissances et le nombre d'enfants. Il faut comprendre que sans enfants, tout est perdu pour l'homme. Ses terres, ses biens, tout comme le savoir et la religion, sont menacés. En ce sens, la descendance est considérée comme l'aboutissement d'une vie.